l'horriblheureuse

Publié le par chervalin

Marlène est fille unique.

Elle est âgée de 8 ans.

Enfant miracle venue des rives de la quarantaine parentale et poussée vers la vie au dernier moment. Elle l'a bien deviné en naissant.

Car elle fut chétive et fragilounette toute son enfance. L'avait pas vraiment envie d'être là en quelque sorte.

Il fallait quand même y aller vers la vie, vers ces adultes inquiétants autant qu'étranges. Marlène s'attardait dans l'idée de revenir en arrière, en reculant le moment de grandir. Si elle pouvait tenir ce spermatozoïde pernicieux qui était allé féconder cet ovule vieillissant, elle lui conterait deux mots.

Car Marlène tentait désespérément de ne pas ressembler à sa mère.

Sa mère.... Folcoche de « vipère au poing », serait l'image la plus ressemblante.

Marlène, aux yeux de sa famille, des voisins, de tout observateur patenté, était une fille gâtée-pourrie, qui ne savait pas la chance qu'elle avait. Ingrate enfant qui en faisait tant voir à sa maman..

Gâtée-pourrie, par des cadeaux, par l'attention et l'amour débordant de guimauve et de mièvrerie de sa mère, dans le silence de son père.

Marlène avait deux chambres pour elle. Une pour dormir, une pour les jouets et jeux qu'elle entassait sans mot dire.

Ni sans jouer avec d'ailleurs.

Mais cette chambre là, était le passage obligé des invités de ses parents qui laissait les exclamations de ceux ci éclater d'admirations pour autant d'amour pour un enfant.

Marlène était malheureuse.

Plus que malheureuse, pas heureuse du tout.

Elle disait je suis horriblheureuse ou épouvantablheureuse!!!!!

Marlène avait deviné qu'elle était un jouet, une poupée, un objet, voire une friandise pour sa mère.

Une friandise acidulée, de celle que l'on recrache après l'avoir sucée.

Marlène n'était pas forcément une enfant battue ou maltraitée. Elle aurait presque souhaité cela!

 Elle était un jouet.

Sa mère lui parlait comme un enfant s'adresse à une poupée, puis brusquement passe à autre chose en la laissant là.

Sa mère n'avait pas intégré que sa fille pouvait penser, raisonner, agir par elle même, en un mot exister.. La disparition de son père précipita Marlène dans l'ahésion obligatoire, le collage à la présence obscure et maladive de sa mère.

Seule l'école la sortait du cocon étouffant et sclérosant du giron maternel. Mais là aussi pas trop de chance, son manque de confiance en elle ses doutes sur son identité l'exposait en bouc émissaire de petits camarades sans pitié. Heureusement elle était bonne élève et apprenait sans difficulté.

Alors, il y eut cette cousine qui parfois s'approchait d'elle, pour lui proposer sa protection en échange de ses connaissances scolaires. C'était pour elle un morceau de bonheur! Cette cousine résidait dans la ferme non loin de chez elle et lui a proposé de venir passer l'après midi à jouer à cache cache.

Il y avait tant de cachettes et tans de trucs rigolo à faire. Un échange parental est convenu et Marlène part à l'invitation. Sa maman, attentionnée et soucieuse que sa fille honore le fait qu'elle s'en occupe parfaitement, la vêt pour cette occasion de sa plus jolie robe blanche et socquettes et souliers assortis.

Pas le choix. -Et surtout ne te salit pas !!!!! -..............

-Tu m'as compris hein ?

Et voilà notre endimanchée débarquant dans la ferme. Trois autres enfants l'attendent pour jouer et ne se souciant guère de sa tenue, l'embarquent dans un tourbillon de jeux et de cachettes dont la particularité est de ne pas être visités régulièrement par la serpillère. Vous avez compris.

La maman de la cousine aussi qui pense que c'est une drôle d'idée que d'envoyer jouer une petite fille ainsi habillée, dans une ferme. Elle tente de limiter les dégâts en nettoyant ce qu'elle peut et excusera la petite de s'être quelque peu salie. Elle dira même que c'est sa faute.

Mais Marlène pleure. D'avoir été heureuse un moment et de savoir la réaction de sa mère. Là elle est atroc'eureuse.

Évidemment sa mère n'entend pas les explications de sa lointaine cousine, la robe est sale et les souliers vernis sont crottés cela lui suffit pour se donner le plaisir de sévir.

Car elle aime sévir. Non pas pour éduquer, mais par sadisme, pour se faire plaisir.

Et là chouette, elle va pouvoir s'amuser avec sa poupée.

Sa vilaine poupée sera punie. Elle saisie au passage une brassée d'orties et expliquera à sa façon ce que c'est que désobéir.

Marlène resta deux jours alitée, le dos et les jambes rougies de cette séance de torture. Sa mère est allée trop loin dans sa folie perverse, car sa poupée réagit et la fièvre s'installe. Elle doit d'urgence la soigner voire réparer. Marlène bénéficiera, d' un gros cadeau, qu'elle recevra devant l'école afin que les voisines puissent saisir qu'elle est une maman sachant sévir et récompenser sa fille chérie.

Comme d'habitude. Le problème c'est que la torture cela marque le corps mais cela marque la pensée.

 Et le souvenir est tenace.

Marlène s'est murée et s'est détachée de toutes relations avec sa mère sadique et dérangée.

Elle est partie à 17 ans. Difficile, lorsqu'elle fut adulte de n'être pas appelée pour lui venir en aide et prendre la position d'infirmière, tant elle était née pour devenir son bâton de vieillesse. Attend..... Marlène a tenu une année,.

Une année à se déplacer, faire les courses, le ménage, les soins, et ce de façon quasi journalière. Une année de plus à supporter l'ignorance. Un soir elle a préparé le flacon d'aspégic et y a ajouté un ingrédient supplémentaire.

 Pour voir! Le lendemain elle allait moins bien.

Alors Re....

Et puis Re... Jusqu'à ce que la prédiction de sa mère qui répétait à l'envie qu'elle la fera mourir, s'accomplisse.

Matricide.

Pas de pleurs de circonstance à la sépulture. La cousine lointaine et ses enfants sont présents, et murmurent que s''il y a un bon dieu, son passage chez Saint Pierre va être problèmatique.

Et dix ans plus tard, lorsque sa fille atteint l'âge de 8 ans, Marlène entre en dépression. Un anniversaire où elle ne sait quoi choisir pour son enfant. Elle a même envie de ne rien acheter et espère que sa fille fera une bêtise pour lui donner une raison de le faire.

Cela devient pour elle insupportable ce retour de son enfance. Elle avait poutant réussi à l'oublier. Il lui semblait qu'elle était heureuse.

Elle est hospitalisée, et raconte son histoire et son acte fatal au psychiatre disposé à l'écouter. Il se sent obligé de lever le secret professionnel et Marlène sera traduite en justice. Et sa fille qui assistait au procès a enfin compris pourquoi sa mère refusait toujours de lui acheter un vêtement blanc.

Chervalin

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