le retour de Maciste

Publié le par lesdesnoueurs.over-blog.com

Quand j'étais à l'école primaire, un de mes voisins de classe était très bon dessinateur.

Mais il ne dessinait que des hommes puissants et très costauds physiquement. A cette époque nous lisions Blek le roc, Zembla, Tarzan et autres héros bien rassurant.

Lui c'était Maciste. Un héro d'antiquité hyper musclé et ce voisin savait parfaitement dessiner ces gros muscles.

 

Cela nous impressionnait et on l'admirait pour son talent mais aussi car il était très serviable et pas du tout agressif avec nous.

Une crème, un élève comme nous, pas bien différent.

Un jour son père est venu le chercher en plein milieu de la classe.

Ce monsieur était très petit, gentil et surement géné de déranger. Pas du tout l'image que représentait son fils sur ses dessins.

 

On ne les a plus revu, ils ont certainement déménagé.

 

La semaine passée, pour une enquête, je suis allé visiter une famille et  j'ai vu le même type de gamin, 45 ans plus tard, sachant dessiner des hommes costauds et dont la chambre est couverte de posters de ce type. 

 

J'ai vu son père qui pour une fois n'était pas l'antithèse des dessins mais la copie conforme. Bourré de muscles gonflés aux vitamines, une carcasse imposante comme une  montagne.

 

Nous devisions de concert sur le comportement de son fils qui pose un paquet de problèmes comportementaux  dans le collège. Violent, irrespectueux, solitaire, isolé de ses camarades, perturbateur des cours, condescendant envers les filles etc... Elève médiocre, il doublera sa classe par manque d'attention mais aussi par manque de suivi à la maison.

 

Ce père ne comprenait pas pourquoi il avait ce comportement car son garçon était différent à la maison.

Certes, ce garçon adore son père et le craint. Il sera toujours partant pour lui faire plaisir, y compris bien travailler à l'école.

Il a beau faire des efforts, les muscles de son père viennent prendre toute la place entre lui et les cours.

Mais il n'y arrive pas avec cette image de l'homme surpuissant car il n'y a pas de place entre le rève et la réalité.

J'ai fait le lien entre les deux garçons.

L'un celui de mon époque révait et espérait, l'autre ne pouvait qu'exprimer son désarroi et sa morgue de ne pouvoir atteindre le pied du socle sur lequel se pose fièrement son père.

 

Pour paraphraser Winicott sur l'idée d'une mère suffisament bonne, je dirais qu'il fallait pour cet enfant, un père suffisament accèssible.

 

Chervalin

Publié dans adolescences

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