Perles de rosée

Vous croyez à la télépathie vous ?

Moi je doute.

 

Il a quoi ? 13 ou 14 ans.

Il est un peu typé asiatique.

Il discute nonchalamment sur un banc avec un comparse à l'œil torve et galipoteux.

 

Ils sont posés là sur ce banc devant la fenêtre de mon bureau. Celle ci est dans mon dos, mais il m'arrive d' aérer mes méninges en guettant la vie qui se déroule pas loin, dans la rue.

 

Ils sont rejoint par deux minettes à peine plus âgées.

Elles s'ennuient, c'est évident et viennent taquiner du bout de leurs corps graciles le regard de ces deux minots qui semblent s'en fiche royalement, mais s'inquiètent et se retournent vers elles si elles font mine de s'éloigner.

C'est tout plein de codes la rencontre de jeunes ados. Elles minaudent et parlent fort, ils regardent ailleurs et n'osent un sourire.

L'œil torve se lève et s'éclipse, suivi peu après, par une des minettes.

Ils en reste deux!

C'est un sportif, il est en survet' et taquine un ballon qui roule sous ses pieds.

Elle est féline, vaporeuse, son  caleçon bleu nuit souligne une silhouette fragile et discrètement lascive.

Ils se retrouvent sur le bord du monde.

Ils n'ont pas assez de mots pour dire l'émoi de se retrouver là.

Lui, assis sur le dossier du banc, elle réclamant une attention, un mot gentil, une caresse des yeux.

Je pense à la chanson de Cabrel, « un samedi soir comme les autres » et je me retourne pour travailler.

Dix minutes plus tard ils sont toujours là!

Mais ils sont debout l'un a coté de l'autre accoudés à une balustrade.

Alors je pense qu'il devrait lui prendre la main, que c'est le printemps et que personne ne trouverait rien à leur dire de ce geste là.

Et là surprise, devant mes yeux étonnés, il lui prend doucement la main.

Non!

Si!

Bon la suite ça les regarde, mais je me dis quand même que la vie est belle pour ceux qui savent la regarder.

 

Chervalin