Le tricot

Ce texte est inspiré d'une histoire vraie.

 

 

 

 

 

 

LE TRICOT

La brume passe sur son histoire,

La justice s’est penchée
Sur une affaire, un rien bizarre
On a tué son petit dernier.
Tombé du haut de l’escalier


Lui, c’est l’travail, fêtes et dimanche
Elle, elle tient la maison.
Il lui laisse bien sûr, carte blanche,
Pour le ménage, les commissions.
Et lui apporter son bourbon.


Et le dernier, la p’tite victime,
A une terrible malformation
A la bouche, une fente palatine,
Pleurs, soins et affliction.
Sa femme en est en dépression.


La brume revient sur son histoire,
Je me souviens de sa femme,
Qui tricotait dans son cafard
Pour oublier ce drame.
Sauvegarder son âme


Lui, nous montre encore l’escalier,
Raide, tout blanc, bien droit,
Comment l’enfant a pu tomber
Il ne marchait même pas.
Et sa femme était en bas


Dans un coin, l’épouse, le regard lourd,
Tournicote ses doigts,
Lui, répète, encore et toujours ,
Qu’il n’était pas là.
Accident ou assassinat


La brume s’étire sur son histoire,
On l’aurait bien poussé,
Mais qui ? un amant, un barbare
Un étranger ou un employé
Qu’il aurait, un jour, licencié.


Sa femme s’enferme sur son tricot
Sur son bâtit de laine
Les aiguilles tissent et forment un mot
Peut être, un poème.
Pour conjurer sa peine

Elle tricote pour sa fille aînée
Petite espiègle de 6 ans,
Qu’elle a laissé un peu de coté,
Car son frère, pauvr’ tyran.
Lui a pris tout son temps


La brume s’efface sur son histoire,
Les aiguilles tissent sans cesse
Mais qui a menti et qui croire ?
Malaise ou bien, détresse,
La laine se déroule en souplesse.


Le tricot est maintenant terminé.
Elle appelle doucement
Sa fille aînée, sur le palier,
Qui l’enfile prestement
Sa mère la regarde tristement.


Mais pourquoi, mère as-tu marqué
Dit-elle avec effroi,
Devant l’inspecteur, sidéré,
Ces quatre mots tricotés :
Mon frère, pardonne moi !

Chervalin Mai 2007