L'héritier

C'est une histoire inspirée d'une enquête de personnalité. Le grand père était milicien. Connu de tous dans le village, mais ayant échappé à la purge grace à un acte héroique envers la résistance, peu avant la fin de la guerre.

 Mais avec le temps, cet acte qui lui a sauvé la vie, n'a pas recouvert ses saloperies de l'histoire commune et il s'est retrouvé riche mais isolé dans ce village qu'il n'a jamais voulu quitter, par orgueil.

Cette chanson  retrace la douloureuse question de cette transmission. Car la découverte, quoiqu 'en partie devinée, de cet héritage moral et honteux vient poser la question de l'appartenance et du don à prendre et accepter dans le même mouvement. Et ce dans le même temps que la naissance d'un futur héritier.

 

 

 

L'héritier

 

 

La cérémonie est terminée.

 Eglise, cimetière, mines endeuillées,

Le voici devenu l’héritier.

 Il se sait désormais prisonnier.

  

Ah ce regard incandescent,

Qui le paralysait, adolescent.

 Cette palpitation de la paupière,

Lui intimant l’ordre de se taire.

 Sur ce visage qu’il a haï

Maintenant, pour toujours, parti.

  

Il aurait voulu briser l’écran

De l’indicible, des sentiments.

Ne plus subir ce qui le vrille,

Porteur d’un secret de famille.

  

Avoir eu un père milicien

Qui s’est servi, Oh trois fois rien

De biens volés, empoisonnés,

Pendant une guerre, dit-on, gagnée.

  

Ah cette vie qu’il voulait belle,

Lui, héritier du paternel.

  

De la rancœur et de la haine

Voilà ce que la guerre traîne

Et des cohortes d’immondices

 Des saloperies, de chastes vices

  

 Que faire alors de cet inventaire ?

Et rendre à qui ces biens, ces terres ?

Comment cesser cette punition

Qui traverse les générations ?

  

Et porter le poids du déshonneur

Et vivre avec cette tumeur.

  

Il ne faut pas lui parler d’hier,

Car, que construire sur un chaos ?

Comment traverser une rivière

Sur une brindille, sur des copeaux ?

  

 Il ne s’agit pas là de croire

Mais bien de faire avec l’histoire.

 Son écriture est tant spoliée,

Qu’elle se fige dans l’encrier.

  

En sera-t-il , un jour, libéré

Et par quelle justice, lavé.

 

 Il n’a cessé de s’échapper

 Tout oublier et se fermer

Mais le gène est un cadeau

Qui se niche au cœur des os

 

 Car il retrouve sur son enfant,

Ce même regard incandescent,

 Une palpitation de la paupière

La même force de caractère

  

 Qu’il retrouve là prisonniers

 Dans la bouille de son petit……… héritier.

Chervalin