Le dos d'âne

Publié le par chervalin

Il y a dans son regard un appel.

Isidore cherche un père.

Pas comme son géniteur qui lui promet depuis deux ans, de le former au métier de commercial.

Isidore y croit.

Il pense qu'il est digne de suivre les pas de cet aventurier qui cours l' Europe, qui cours les rallyes automobile et les jupons des dames.

 

Isidore pense que sa mère à tort et que ce père là est un chouette modèle.

Il a quoi, 20 ans aux prunes, il se rase le crâne pour faire plus rebelle, tente de laisser quelques poils au menton et vit chez maman depuis sa sortie de prison.

Isidore n'a pas grand chose dans sa besace scolaire. Pas de formation.

D'ailleurs il n'a aucune envie de faire autre chose que de suivre le sentier mystérieux et allèchant de son père.

Qui se fiche pas mal de lui au demeurant.  

 

Il faut bien qu'il gagne un peu de blé ou trouve du taf, comme il dit car il doit un paquet d'oseille.

Car Isidore doit rembourser.

Il l'a promis à cette famille venue le visiter sur son lit d'hôpital juste après l'accident. 

Cela fait bientôt un an de cela et Isidore voudrait bien oublier.

C'est pas facile.

 

Cette après midi là, son tout récent permis de conduire  en poche, il a voulu s'essayer à la conduite un brin sportive, avec la voiture de sa soeur qui dormait dans le garage.

Ce gâchis, une Golf en parfait état qui ne demandait qu' à se faire chahuter dans les virages. 

 

Alors zou, il trouve les clefs, vérifie de façon très pro que les pneus sont gonflés, l'huile, l'eau dans le lave-glace, jette un oeil sur la jauge de carburant, puis sur l'heure pour vérifier que sa mère ne rentrerait pas tout de suite.

C'est bon il a une bonne heure devant lui, le temps de monter et de redescendre du col et le moteur serait refroidit.

 

Mais il y a eu ce petit garçon d'une dizaine d'années qui roulait devant lui pas suffisamment à droite selon Isidore.

Alors il a voulu klaxonner mais tout en cherchant où se trouvait celui-ci, la voiture est arrivée très vite sur le vélo et l'enfant est passé dessous.

Il a nettement senti le passage sur le corps, comme s'il passait sur un dos d'âne.

Nombreuses fractures et longs mois d'hospitalisation pour le petit garçon.

 

Isidore n'avait pas bu, n'avait rien pris, ni produits bizarres, ni médicaments.

Il ne savait pas encore bien conduire c'est tout.

Le big problème outre les blessures  de cet enfant, c'est que la voiture n'était plus assurée.

D' où sa présence endormie au fond du garage.

 

Maintenant il est là, dandinant dans sa tête.

Il me dit:

" Je ne m'en sors plus avec cet accident. J'y pense sans arrêt. Je ne dors plus. Chaque fois que je monte en voiture et que l'on passe sur un dos d'âne, je ne peux plus respirer, j'étouffe. Dans le bus c'est pareil, je suis pris de tremblements.Tout me ramène à l'accident. Je me déplace à pieds. Vous comprenez, je ne peux pas aller travailler.  Si je travaille cela va me rappeler que je dois de l'argent et donc payer la victime. Je ne m'en sors plus."  

 

Isidore se dit aussi que commercial c'est un peu raté.

Les quatre mois de prison étaient pour lui un havre de paix.

Car être là, à devoir rechercher un job, se déplacer, travailler, voir passer des enfants à vélo, et bien c'est une punition interminable. Il voudrait sortir, il voudrait que ce cauchemar cesse.

 

La nuit, dans ses rêves, il est magicien.

Il vole au dessus des routes en les rasant et il fait disparaître, chaque fois qu'il en rencontre, tous les dos d'âne. 

 

 

Publié dans adolescences

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cat 09/07/2012 16:03

une histoire qui fait réfléchir... c'est si vite fait de briser une vie (ou plusieurs en l'occurrence)
bon rétablissement à votre père en espérant que tout se passe bien

Bé@ 09/07/2012 07:58

Je souhaite que cette opération se passe au mieux et que ton père a senti que tu étais près de lui. Ma mère, qui a aussi été opérée du coeur il y a quelques années, m'avait laissé croire que
c'était une broutille de nos jours. Et je l'ai cru. Elle est à présent en pleine forme.
Avec amitié.
Béa

chervalin 09/07/2012 14:04



    merci, tout va pour le mieux . Il est en réa il faut attendre 48h après l'intervention pour être totalement rassuré.



Bé@ 08/07/2012 16:56

Vous avez un don pour raconter des histoires vraies. C'est poignant. Mon Dieu que c'est important d'avoir un père et une mère auprès de vous pour vous apprendre ce qu'on peut faire ou pas et vous
entourer de tout son amour. Certains en manquent tellement. Le rêve, il ne lui reste plus que le rêve si personne ne lui tend la main. Vit-on de rêves ?

chervalin 08/07/2012 19:42



merci Bé@ c'est très gentil


Je crois que c'est Pierre Legendre qui écrivait:


"Pourquoi a t-on besoin de se créer une image de père pour devenir père. "


(ou quelque chose d'approchant.)


Demain mon père se fait opérer du coeur, j'ai peur pour lui, mais je crois que j'ai peur aussi pour moi.


C'est cela aussi exister.


Se fonder. se re-pérer


Nous ne sommes jamais très loin d'un chemin déjà tracé.


a bientôt bé@ de te lire


chaleureusement


chervalin 


 



Corinne 07/07/2012 14:25

Terrible cette histoire ! Des vies brisées...

chervalin 07/07/2012 15:35



Coucou Corinne


Il n'y a pas dans ces récits de vies brisées.


presque toujours il y a un espoir.


L'enfant remarche et pour ce jeune, ce trauma sera salutaire et il le dépassera un jour car le désir de vie est le plus fort.


S'il faut mettre un épilogue à cette histoire c'est qu'il ne faut pas avoir un père trop idélalisé ou placé trop haut dans sa tête.


merci pour ta remarque. 



cafardages 07/07/2012 12:09

dramatique dans tous les sens du terme !

chervalin 07/07/2012 15:38



 


merci pour ton passage.


Je trouve d'ailleurs domage que ces replis de route destinés à freiner les conducteurs impatients se nomment ainsi.