Les saisonniers 2. Diane

Publié le par chervalin

Le problème du Bouvier, celui-ci se fait délicatement appeler Loulou. Appeler est d'ailleurs un terme inapproprié le concernant car c'est lui seul qui décide s'il vient à l'appel de cette olibriusse (féminin d'olibrius) qui fait office de garde et de donne-manger.

Le problème du Bouvier c'est qu'il apprécie fouiner et déambuler dans l'alentour de la caravane qu'il est sensé garder. Trop gros pour passer la journée dedans, il est dressé, paraît-il à éloigner les importuns et autres malfaisants.

Mais il s'éloigne Loulou.

C'est là son moindre défaut.

Et la nuit quand Diane reçoit un jouet d'agrément, bourrés de phéromones, il est consigné dehors.

C'est là que le bas blesse car non loin , il y a une ferme où deux chiens de garde sont attachés et qui se peuvent s'empêcher de manifester leur désapprobation dès que cet intrus laisse flotter ses remugles non loin de la cour de la ferme.

Loulou, les crétins attachés qui piaffent dans le quartier, il s'en tape le coquillard sur les dômes du Kremlin et il poursuit placide, son tour du propriétaire et des poubelles mal ficelées des touristes pressés d'en finir avec ces pistes trop verglacées, avec ces commerçants qui se la joue haut de gamme, avec ces autochtones peu accueillants, avec ses loyers exorbitants pour un deux pièces à 8, avec le premier supermarché digne de ce nom à 25 bornes, avec toute cette route à faire pour rentrer qu'on va pas s'emmerder à savoir ce que va devenir notre poubelle de la semaine sur le bas côté de cette route de cambrousse.

Il devine tout cela Loulou. Et chaque nuit, depuis une bonne vieille semaine, il s'amuse à faire gueuler les clebs de la ferme, allant jusqu'à les approcher pour voir si par hasard, ces abrutis n'auraient pas laissé un os dans leur quartier.

A faire le beau, il oublie un truc le Loulou. C'est que dans cette ferme des gens dorment ou plutôt essayent de dormir et avec ce vacarme tous les soirs cela devient plus qu'agaçant.

Il n'était pas loin d'une heure du matin, quand un coup de feu à claqué dans la nuit.

Les chiens se sont tus.

Loulou aussi....définitivement.

Le lendemain, la fermière a fait le tour des voisines pour aller aux renseignements et savoir à qui appartenait ce maudit clébard. On lui a indiqué la caravane.

La jeune fille se levait et s'étirait tout en appelant son chien. Sa longue chevelure lui tombait sur le visage, un grand tee-shirt couvrait son corps juvénile et des moon-boots lui donnaient l'air d'une extra lunaire. (oui, oui, pas terrestre, lunaire. J'ai le droit)

La fermière s'avança vers elle et l'agressa vertement de ne pas savoir s'occuper de son chien qui empêchait tout le quartier de dormir.

- Loulou ? Mais il n'aboie jamais !

- Non peut être pas, mais il fait aboyer tous les autres. Il faut que vous veniez le récupérer il est dans notre cour à 100 mètres.

- Le récupérer mais pourquoi, vous l'avez attaché ?

- Non, il est mort, mon mari lui a tiré dessus en voulant lui faire peur mais dans la nuit il l'a touché. C'est comme ça. Il n'avait qu'à pas fouiner chez nous. Si vous vous faites la grasse matinée, nous on doit se lever à 5 heures ma petite et le vacarme de votre chien cela lui a tapé sur les nerfs. Bien le bonjour.

Diane n'était pas du tout, mais pas du tout bâtie mentalement pour entendre un tel discours. Elle n'entendait plus d'ailleurs. Le sang avait quitté son visage déjà bien pâlichon, pour aller se cacher quelque part dans son corps. Il fait cela le sang, il part dans des endroits inconnus et pour aller le trouver c'est coton.

Du coup Diane est tombée dans les pommes.

La fermière alerta une voisine et elles ont appelé les pompiers, car cette syncope s'éternisait.

Le lendemain , après avoir trop longtemps pleurée, Diane est allée déposer plainte.

Il lui était désormais impossible de continuer à travailler et même se déplacer. Ce sont ses parents adoptifs qui sont venus la chercher et l'ont rapatriée at home.

Ce qu'ignorait le fermier, appelons le Martin, ce qu'ignorait Martin, donc, c'était que Loulou était une bête qui avait un double rôle. Compagnon rassurant de sa maîtresse son doudou affectif, mais surtout il faisait office de support de résilience.

Diane ne pouvait plus vivre ou respirer quand sa mère et son beau-père se sont entretués lorsque son beau-père a été surpris par sa mère, allongé nu aux côtés de leur fille adolescente.

Diane était restée tétanisée, le drap relevé sur sa jeune poitrine.

Diane n'arrivait plus à respirer. A parler, à crier, à pleurer, oui, mais plus à respirer. Elle étouffait. Elle revoyait sa mère massacrer son beau-père avec le fer à repasser avant de se jeter par la fenêtre.......... sous ses yeux.

Et les yeux d'une ado de 16 ans, c'est trop grands pour louper quoi que ce soit.

C'est un oncle qui lui a acheté ce chien il y a deux ans, et depuis Diane revit. Elle a retrouvé la parole, elle a retrouvé la respiration et aussi le sourire. Elle s'épanouit socialement et arrive à faire de nouveau confiance aux adultes qui l'entourent.

Elle recommence à prendre des distances avec ses parents adoptifs un rien surprotecteurs et oppressants. La compagnie de ce chien l'a sauvé d'une dépression grave et d'une escalade dans ses tentatives de suicide.

Loulou faisait repère. Une pierre constante dans le jardin de sa jeune vie, un médicament essentiel pour sa survie psychique.

Martin et Diane se sont retrouvés ensemble pour une médiation.

Côte à côte, tendus l'un et l'autre. Il y eu un long silence et puis la douce voix métallique de Diane a emplit le bureau.

Elle a pu lui parler de son chien, de sa valeur affective, de son écroulement de tout ce que ce chien lui avait redonné. Il l'a écouté, Martin, lui a même posé des questions, sur son chien. Il ne l'avait pas pour ainsi dire vu et il lui a demandé si elle avait une photo.

Diane lui a tendu une petite vignette.

- Si c'est pas malheureux........ mais c'est une magnifique bête...enfin c'était.

Martin était bien embêté. Il a dit son énervement des nuits blanches répétées, de ses chiens à lui qui faisaient leur boulot comme le chien à Diane faisait le sien.

Il a été d'accord pour lui racheter le même chien. Elle ferait ce qu'elle voulait, il payerait la facture du chien et de son déplacement dans l'élevage Suisse. Ce qu'il voulait c'est la paix et puis que cette jeune fille soit de nouveau heureuse.

Mais il a fait plus, Martin.

Il est allé trouvé le Maire et a insisté pour que les saisonniers aient réellement les moyens d'être logés sérieusement sans être contraints de se poser sur n'importe quel terre-plein au bord des routes.

- Tu vois Marcel, (c'est le Maire), Tu vois Marcel, c'est de ta responsabilité ce genre d' accident. Tu es content qu'il y ait des tas de saisonniers pour faire tourner les commerces de ta ville mais tu ne fais pas grand chose pour les aider à se loger. Alors tu vas faire fissa sinon je t'envoie la facture de la petite.

Il faudrait parfois, que les touristes qui abandonnent leurs poubelles sur le coin du poteau de téléphone à coté de leur appartement de location prennent le temps de discuter avec les gens du coin. Il y en a de bien.

(ce texte est à lire en écoutant "l'assassinat" de Georges Brassens)

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Publié dans adolescences

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Bea 19/01/2014 10:42

Sobre et efficace, avec une conclusion qui me plaît. Je me permettrai deux remarques : 1. C'est incroyable ce que peut faire le manque de sommeil. 2. Afin que la violence ne soit plus une réponse automatique à une frustration, il faudrait pouvoir éduquer certains éducateurs de primaire (des cours de pédagogie et de psychologies seraient bienvenus) qui affirment que des garçons qui se battent dans la cour, c'est normal, ça a toujours été comme ça. On peut apprendre à apprendre. En ce qui concerne les parents, qui sont les premiers éducateurs, s'ils avaient comme modèles dans notre société des personnes à l'éthique impeccable, les choses n'en seraient peut-être pas où elles en sont. Le problème n° 1 est que ceux qui ont le pouvoir (et donc décident du sort des autres) sont arrivés où ils sont parce que justement la passion du pouvoir leur a fait bien souvent écraser au passage certaines personnes intègres mais gênantes (Ok, peut-être pas pour tous mais on en compte beaucoup, beaucoup). Le modèle sociétal nous montre que pour "arriver", il faut passer par la case "débrouille" qui ne suit pas forcément les chemins de la légalité ni de la bonté. Le loup et l'agneau. Au village des politiciens, aussi l'on a de beaux assassinats.