Myrtille

Publié le par chervalin

Jos ne sait pas très bien s'exprimer...

(Comment ça comme moi?)

 

Jos ne sait pas très bien s'exprimer quand elle parle de sa fille Myrtille. Elle se demande, si c'est elle qui a loupé quelque chose dans l'éducation ou si c'est cette génération qu'elle ne comprend pas.

Jos est séparée depuis quelques années déjà et élève seule sa fille. Au début elle trouvait cela plutôt chouette car cette petite ado était docile et sociable. Le père se fichait pas mal de sa fille et ne se fendait que d'une carte postale fade et laconique à chaque anniversaire. La mère et la fille vivaient de façon harmonieuse, fusionnelle et plutôt heureuse.

Elles se ressemblaient, étaient inquiètes de la moindre séparation ou pire, de la moindre différence.

Elles ne s'échangeaient pas leurs garde robes mais cela allait venir car Myrtille grandit.

Mais voilà, depuis un an, Myrtille est devenue plus distante, plus personnelle, différente.

Comprenez différente de la mère.

Plus que différente, tellement lointaine et inaccessible que Jos découvre la solitude et la dépression.

Myrtille à presque 17 ans. 

Je vous invite à ne pas lui demander son âge car dans sa tête, Myrtille n'a pas d'âge.  Quand elle parle de ses amies de sa tranche d'âge, elle dit "les gamines".

Lorsque j'ai reçu Myrtille, j'ai compris pourquoi Jos avait quelques difficultés à aborder l'image et la personnalité de sa fille.

Je n'étais pas très à l'aise, je dois le reconnaître, pas tranquille dans mes baskets.

Myrtille a tout d'une provocatrice, d'une allumeuse et se sert autant de sa présentation vestimentaire que de son discours, dont je ne peux distinguer si elle brode ou si elle dit la vérité.

Mammia.

Voilà ce que me raconte Myrtille:

" J'en ai marre de la vie que mène tout ces beaufs. Je veux vivre à fond et je n'ai pas l'intention de traîner aussi longtemps que vous dans ce bled de zombies. Moi je suis à fond dans le sexe. Celui qui fout la trouille et fait monter l'envie. J'aime sentir mon corps me brûler. J'aime avoir peur et qu'on me frappe."

Oups!  

Moi, je suis trop vieux et ringard, je l'admet, pour écouter des minettes virevolter sur leurs relations amoureuses ou et autres satisfecits à distribuer à leurs amants de passage.

(N'empêche que je lui en collerais bien une, à cette bécasse, puisqu'elle est d'accord.)

Alors je tente de l'interrompre mais Myrtille a sans doute perçu mes réticences et pousse le bouchon, sans doute pour s'amuser et aussi pour prendre l'ascendant.

Je vous résume:

Myrtille aime le danger. Celui qui la pousse à s'exposer au près de vieux beaux en mal de tendrons et de se montrer à la fois sexuellement attirante et odieuse. Elle me déclare que ce qu'elle cherche c'est une relation violente où elle est totalement dominée et soumise. Et elle ajoute qu'elle n'est pas contre recevoir des coups. Elle recherche l'homme dominateur, la brute, la relation sexuelle sauvage et dépourvue de tendresse, ce truc pour tarlouzes. Myrtille me dit qu'elle se rend avec une copine, (avec une copine!) chaque semaine, chez un vieux beau du village d'à coté, qui s'amuse à ce jeu de rôle palpitant et lui donne beaucoup de plaisirs et lui laisse beaucoup de marques aussi. Mais elle aime.

Bon, moi, j'écoute, mais je suis pas du tout à l'aise. J'ai la sensation que son discours est stéréotypé et provocateur et qu'elle est partie dans un discours automatique qu'elle débite à sa copine de classe. Pourtant au fond de moi, je pense qu'elle n'invente rien. Que cette génération est trop différente de la mienne et que je ne suis simplement pas au fait de leurs habitudes et autres turpitudes suavement masquées derrière leurs images de petites filles modèles.

Du coup, je me dis que je me plante sérieux sur les ados.  On les présente souvent accros à leurs jeux vidéos, leurs séries télés débiles, leurs émois, leurs arrogances, leurs lunatismes, leurs passions soudaines, leurs rêves utopiques, leurs impertinences, leurs fragilités, leurs duretés, leurs regards enjôleurs, leurs envies de déplacer les montagnes, leurs bahuts à chier, leurs copines envahissantes, leurs mecs boutonneux et leurs parents ringards.

Mais Myrtille, en ingénue avide de sensations bourrées d'adrénaline et de testostérones, échappe un max à mes représentations.  Je pense à sa mère, à son désarroi et au collage fusionnel que sans le vouloir, le père à imposé à cette jeune fille. Je décline des évidences, ressasse des poncifs, Myrtille cherche un père, une image qu'elle s'est forgée dans l'ombre portée de l'amour de sa mère et qu'elle a imaginé puissant et dominateur. C'est cela qu'elle vient confronter avec son vieux beau.

Évidemment, parler de la Loi à  Myrtille, lui rappeler qu'elle est mineure et que ce personnage relève d'une poursuite judiciaire la fait rire aux éclats. 

- Vous êtes drole me dit-elle en se levant. 

- Ah...... je suis drôle.

Des fois, je n'y comprends rien.

 

 

Publié dans adolescences

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Corinne 27/04/2013 15:56

Que dire ? Je suis bouche bée ma dernière a 16 ans, je serai horrifiée si je la savais comme ça ! Dieu m'en garde..
Amicalement