terrain de fortune

Publié le par lesdesnoueurs.over-blog.com

On était une grosse quinzaine.

C'était largement suffisant pour jouer au foot.

Gamin, je résidais dans une cité ridicule de deux longs bâtiments, avec devant un espace de loisirs multi-activités.

 Un bac à sable, des portiques ou agrès bizarres pour faire de la grimpette, toboggan et tapes culs, carrés de verdures en pelouse quelques arbres.

 

Notre terrain de foot était encombré de tout ça!!!

 

Avec les gamins dessus et leurs mères ou grandes sœurs sur les bancs.

 

Parce qu'en plus il y avait les bancs.

 

Pas découragés, on y allait quand même.

 

La consigne était la même: Ne pas envoyer le ballon dans le jardin du voisin qui avait eu la mauvaise idée de faire une clôture ridiculement basse pour notre « terrain » de foot et trop haute pour des teigneux de 10 ans.

 Quand le voisin était là c'était bon, car il nous renvoyait le ballon. C'est sa mégère de femme que l'on craignait. Bébert ou Caucaude l'avait un peu pas trop respecté, un jour qu'elle ne voulait pas leur ouvrir pour aller chercher le ballon.

Ils auraient mérités le carton rouge et six matches de suspension mais pas qu'elle crève le ballon.

Quand on jouait au foot, avant il fallait tirer les équipes.

 

Ce moment était extraordinaire et de tension extrême. Cela prenait un paquet de temps.

Deux joueurs se désignaient capitaines et s'écartaient d'une dizaines de mètres.

 

L'objet est de connaître celui qui va tirer le premier les joueurs qu'il appellera par leurs noms.

Par petits bonds, il fallait se rapprocher et le premier qui se sent la possibilité de sauter avec élan jusqu'à la limite marqué par l'autre essayait.

S'il réussissait c'est lui qui démarrait l'appel.

Ce moment là était fabuleux car personne ne mouftait. L'ambiance est dramatique et sérieuse.

Le premier appelé était souvent le meilleur joueur du groupe.

Murmures et objections, puis attentes de son nom avec l'espoir de se retrouver dans la meilleure équipe.

Ce qui m'épate dans l'après coup du temps c'est que nous étions pliés et résignés à cette méthode. C'était normal et nous paraissait évident de ne rien dire.

Cela nous prenait un paquet de temps pour sélectionner les équipes. Parfois il ne restait guère de temps pour certains de jouer car la mère sonnait la soupe.

 Cela m'est arrivé plus d'une fois, non pas pour la soupe mais pour aller faire une course à l'épicerie à coté.

-Fais chier

Mais on jouait, et on jouait comme si c'était notre dernier match. Comme si l'avenir dépendait de notre victoire.

Parfois, il fallait remonter sept ou huit buts car on était mené 21 à 14, et on y croyait, tellement ils avaient eu du pot pour marquer les 12 premiers buts. C'est sur, on va égaliser.

Notre terrain de fortune, juché d'obstacles, divers et piégeux, nous obligeait à des prouesses et surtout à lever la tête.

Lever la tête.

 Donc à jouer en équipe, de faire des passes.

Je ne me rappelle pas dans ce groupe qu'il y ait un gamin un brin perso qui s'amuse à mystifier les autres par des dribbles successifs. Si celui ci s'y amusait, il se prenait une bosse contre un montant du portique, il basculait par dessus le banc, se plantait sur la bordure de la pelouse, ou bien se ramassait dans le bac à sable.

Trop drole!

Les obstacles nous aidaient à bien jouer et à passer la balle parfois en rusant avec le toboggan, contournant le tapecul ou en lobant le banc sournoisement placé sur le point de pénalty.

Trop bien.

Notre terrain de fortune avait cette valeur là, immense à nos yeux d'enfant. On était nombreux à ne pas jouer dans des clubs, c'est venu après. Un vrai terrain, avec que des buts et des lignes, c'était trop plat, trop fade, trop loin, pas drôle quoi!.

Quand j'entends et voit nos danseuses millionnaires de l'équipe de France...........

 

Chervalin

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