chasse à cour (d'appel)

Publié le par lesdesnoueurs.over-blog.com

Ils sont venus très nombreux.

Avec des cors, de la musique d'hallali, des hauts parleurs, des moutons, pas d'armes, faut pas exagérer et quelques litrons pour tenir la journée.

 

Ils avaient prévenu les autorités préfectorales et la maréchaussée était assez fournie.

Quelques rues barrées, de l'agacement et quelques débordements bonenfants. La gente journalistique était également convoquée dans la rue, en cette froide et pluvieuse journée.

 

De l'animation face à la préfecture mais aussi face au tribunal car c'est là qu'ils venaient si nombreux et bien déterminés à faire pression pour que justice soit faite.

Du monde dans la rue s'égosillant joyeusement à l'adresse de magistrats en position d'écoute et de réflexion mais aussi de décision.

 

Le but est de faire pression sur l'éventuelle sanction sur un chasseur qui a abattu un loup.

Mais ce n'est pas le but de tout ces gens devant le tribunal qui eux veulent autre chose.

Ils veulent ce que leurs pensées ne disent pas.

 

Pourtant.

 

« Vos pensées crient si fort, que je n'entends pas ce que vous dites. » (Émerson.)

 

C'est cela, un bruit qui en cache un autre, plus sournois car le discours masque l'acte.

 

Différemment dit, « Il faut nous laisser tuer ce que l'on veut et notamment les loups, car le loup tue des moutons.

 Hein, mon copain, berger? C'est vrai que les loups ils te bouffent tout tes moutons!

Allez, viens avec nous!

 

Ce chasseur là, prête à l'animal des intentions, des velléités, des volontés, des objectifs qui semblent l'arranger et lui permette de justifier son désir de tuer un animal libre qui ne lui a rien fait.

Ce chasseur là, agit à l'identique avec le chasseur d'enfant qui dépose sur sa victime des raisons d'être mauvais afin de pouvoir le soumettre à ses désirs.

 

Ce chasseur là s' appui sur le droit ancestral, le droit de ses ancêtres qui eux tuaient de façon plus libre les bêtes sauvages pour se nourrir. Il oublie de préciser qu'il n'y avait pas à cette époque d'étal de boucherie à tous les coins de rue, de réfrigérateurs, et autant de constructions maillant le territoire.

 

Ce chasseur là dit très fort qu'il participe à l'équilibre de la nature, en éliminant les « trop » dans chaque espèces. Ce chasseur là se dit plus écolo que ce ramassis de soixant'huitards avachis derrière les directives européennes.

 

Alors ils viennent soutenir en nombre leur pair, convoqué devant la justice, pour défendre leur bon droit de supprimer ce pourfendeur de moutons.

 

Ce jour là, il n'y a pas que ce procès, il y en a une dizaine sur le rôle d'audience.

 

Il y a surtout celui d'un chauffard, qui quelque peu ivre, ce dimanche là, au volant de son 4X4, a renversé un jeune garçon, qui est resté hospitalisé pendant plusieurs mois, a perdu une année scolaire et aura quelques difficultés à séduire une petite amie, avec cette oreille déchirée.

 

Le père de ce jeune garçon, face à cette émotion provoquée par la condition de ce destructeur d'animal, commence à se lasser voire à s'irriter de cette mobilisation bruyante et vindicative.

 

Alors il sort, se positionne sur le perron, attend un temps mort, une pause bière et brusquement tente de les interpeller.

 

Il s'efforce de leur adresser un message sur la futilité de leur mobilisation, qu'il aurait davantage apprécié qu'ils se déplacent pour soutenir les enfants victimes et autres …

 

Il n'a eu pour seule réponse qu'un concert de cor de chasse et les rires.

 

Vous savez ce type de rire un peu nerveux que chacun sert quand il est en groupe.

 

Ce rire qui cherche le soutien et l'appartenance.

 

Un rire peu sur de lui, glissant vers le grinçant et le triste.

Un rire douteux, le même que celui que le chasseur affiche lorsqu'il mime la scène de son acte héroïque face à un lièvre paniqué.

 

Un rire péteux, fienteux, de ceux qui sentent pas bon.

 

Comme il est des pets sonores, il est des rires foireux.

 

Ainsi donc, voilà ces gens, ces teigneux que la passion amoncellent en rangs serrés. Ces courageux qui se resserrent frileusement sur leur carabine rire courageusement à la face d'un père venu seul les affronter pour tenter d'atténuer leur arrogance en minimisant leur combat.

 

Il n'a pas été entendu.

Alors il rentre, pas fâché quand même de son intervention, face à la meute...

 

La meute......

L'homme est un homme pour l' Homme, pense-t-il.

Il est retourné soutenir son enfant blessé, face à son agresseur, qui lui regarde avec dévotion son avocat.

Et c'est ironie du sort, sous la musique de chasse, lancée de la rue, que le procès du chauffard de son fils commença.

 

Ce qu'il n'avait pas eu le temps de dire sur le perron c'est que le conducteur ivre en question, revenait bredouille d'une matinée de chasse.

 

Chervalin

 

 

Publié dans agacements

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