le raminotouffu

Publié le par chervalin

le raminotouffu

Peut être n'êtes vous pas allés, un jour vous promener dans les alpages. Ces espaces un peu désert mais peuplé de tant de choses vivantes. Ces lieux traînent avec eux, une multitude d'histoires et de légendes sur les bêtes, les fleurs et les arbres tordus. Les genévriers qui enveloppent les rochers comme pour les protéger du froid, les sapineaux qui hésitent à pousser de crainte d'être repéré par les chevreuils, d'autres plus fiers qui ont hâte de grandir lassés d'être recouverts chaque hiver, de plus d'un mètre de neige, d'autres encore, qui encouragent les plus jeunes à s'écarter du troupeau et à coloniser les lapiaz en jouant à cache-cache dans leurs crevasses, qui sont autant de paysages changeant et de sentiers secrets où se lovent les êtres de légendes.

Des êtres de légendes.

Des potes d'histoires, des copains qui arrangent les bidons.

Il y a là, les Chervans,, mes copains malicieux qui n'hésitent pas à venir chatouiller la nuit pour rigoler de ce que produit le jour, laissant derrière lui, son fatras de déchets en monumentales bêtises ou en monceaux d'arrogances. Les Chervans, se vengent le soir tombé, et viennent galipoter ou tirlipoter les vivants pour leur apprendre à se méfier de la montagne. Parfois, lutins reconnaissants, ils viennent soulager les maux ou la rudesse du labeur accompli. Parfois lutins facétieux, ils ne se gênent pas pour organiser la chienlit chez le péquenot qui manque de respect à leur alpage.

Il y a aussi les Matuvus. Vous les rencontrerez très haut, non loin du sommet. Ce sont eux qui dessinent sur les pentes ou à la sortie des frondaisons, quelques massifs de fleurs inattendues au détour du chemin tels le lys martagon, la campanule ou la gentiane bleue. Ils guident aussi le promeneur en dessinant des lacets, le cadrant ainsi à cheminer et non point à courir " dré dans l'pentu". Le Matuvu s'amuse à gonfler d'orgueil le sombre et étroit performeur qui listera devant la tablée du chalet, le nombre de sommets ou de cols qu'il a glorieusement franchi ou vaincu. (S'il savait ce que la montagne s'en fiche). Les Matuvus, marouflent l'impétrant hâbleur et le gonfle tellement de son orgueil qu'il en devient fétide et que s'éloignent de lui les autres avaleurs de sommets.

Et puis il y a mes potes, les Raminotouffus. Ce sont des bestioles malines qui traînent sur les bords des chemins et s'amusent à grignoter les doigts de pieds des promeneurs, (souvent les plus jeunes) qui s'éloignent du sentier ou qui s'attardent trop loin de la présence des adultes. Ceux là obligent à porter de bonnes chaussures, à garder un rythme qui sied à la pente et à la durée du voyage en alpage.

Les Raminotouffus rappellent qu'il y a une vie sur la montagne, un cadre où évolue une diversité derrière chaque arbre, chaque mousse, chaque pierre, des bestioles, petites ou grandes, des déplacements, des échanges, des tensions, des emmêlages et des créations.

Il y a, pour ceux qui veulent voir, des délaissés, des accidents, des effondrements, des lieux sauvages qui forment un jardin naturel et changeant où l'homme n'a pas eu son mot à dire.

Et c'est bien qu'il se taise.

C'est pourtant là, qu'hier, au creux d'un petit vallon portant haut perché, une petite masure avait éclos. Ici nous les appelons mazot. Ils ont une surface de 6 à 9 M2 environ Ils avaient pour objectif d'abriter le vacher et héberger quelques outils ou quelques réserves de nourritures lors de l'emmontagnée dans les alpages.

De sombres crétins, des suisses Genevois, pour ne pas les nommer, (n'empêche je ne me gêne pas) en ont fait une villa de campagne. d'abord en l'agrandissant, en lui adjoignant quelques pentes supplémentaires formant ainsi des pièces à vivre puis en organisant tout autour un espace de vie, soi disant, à la montagne.

Tranquilles, peinards, loin des turpitudes de nos banques et autres études fiduciaires florissantes.

Car nous sommes dans un alpage situé à 1600 mètres, traversé par une route carrossable dans un endroit qui ressemble à la Louisiane, si il y avait moins d'eau, et à l'Italie mais sans les italiens, qu'on dirait le sud, le sud-nord-est, quand même un peu.

L'ensemble est odieux, hirsute, décalé, incongru et laid. Le tas de planches, en plus coloré et agrémenté d'un drapeau suisse,est mis en dévaleur par un jardinet clos par des barres de béton, une terrasse sur laquelle trône un ensemble de jardin avec fauteuils chaises et table du dernier cri. A savoir celui que tous les bobos qui possèdent une terrasse ont acheté chez Botanic.

Ils ont ainsi effectué lors de leurs weekends laborieux, un empièrrage savant de la longue pente qui leur permet d’accéder à leur villa "les edelweiss" avec leurs 4X4 de ville, si grands, si beaux et si propres, qu'ils ont droit à un bel appentis protecteur. Ne manque qu'une porte avec un cadenas. Cette autoroute d'accès possède une partie de plus de 100 mètres en béton avec un terre plein central en gazon fin. Il y a autour de la propriété du château, d'immenses alpages censées accueillir un troupeau de génisses.

Diantre, vite se protéger de façon énergique de ces bêtes disgracieuses et malodorantes. Et puis ces mouches, qu'elles nous apportent !!! quelle horreur!.Et ces clochettes à longueur de journée, c'est d'un pénible!!!! Elles n'arrêtent pas. Mais qu'elles aillent ailleurs, il y a de la place!!!

Ainsi fut fait avec un réseau infranchissable de fils barbelés, doublé d'une haie moribonde de tuyas ou de sapins rabougris, plantés méticuleusement (on est suisse ou on ne l'est pas) et acquis à la jardinerie locale.

En me promenant hors sentier, revenant bredouille d'une chasse photos de marmottes, jumelles au cou, j'ai découvert ce vallon.

C'est le bruit qui m'avait intrigué. Un ronronnement

Bah oui, évidemment, celui du compresseur planqué une cinquantaine de mètres en contrebas pour apporter le confort digne de ce nom à ce ranch anti-bucolique.

Il y a tellement de travail, de temps, d'énergie et d'amour pour peigner la montagne, la coiffer, tresser des sentiers, picorer des fleurs vivaces, la nourrir et la faire vivre pour que les estivants et autres promeneurs puissent la savourer du regard, la toucher et s'emplir d'EPO naturel. Il y a tant de respect chez les paysans, les vachers, les fromagers, les bergers qu'il est plus que triste, lamentable et pathétique de laisser s'installer des bourgeois décérébrés au sein de ses prairies alpines pour l'unique dessein de se montrer possédant et privilégié.

En repartant, j'ai pensé à mes potes, les Chervans, les Matuvus et les Raminotouffus. J'ai tenté de leur parler. J'espère qu'ils m'ont entendu et que ces châtelains de pacotille qui ont griffé la montagne de leur indécence soient chaque nuit, ..........

Mais là....... c'est une autre histoire.

Publié dans agacements

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Loqman 07/08/2013 08:17

Et pas de piscine ?

www 05/08/2013 16:31

Merci!

les cafards 03/08/2013 21:26

et le dahut alors ?

Bea007 23/07/2013 09:27

Des bobos qui viennent dénaturer la nature et embourgeoiser le pâturage, quelle horreur ! Gageons que tes petits malicieux vont leur jeter un sort équivalent à leur bêtise. J'aime beaucoup la façon dont tu racontes cet hymne au génies des alpages.
Bonne semaine. Bises.

chervalin 24/07/2013 12:32

je viens de changer mon abonnement avec Overblog et prendre la formule prémium mais je reconnais que je ne m’y retrouve pas.
Je n’ai plus accès à mon organisation et je tente de répondre avec les moyens du bord.
Ce que je fais maintenant après des jours de recherches (des nuits même). Je suis triste et complètement marri ( marri ce doit être le bon mot) Il y aurait aussi désappointé ou décontenancé qui irait aussi. Je trouves plus rien de ce qui faisait de moi un Webmaster qui prenait un plaisir croustillant à faire ce qu’il voulait de son blaugueux.
Voilà j’ai trouvé ça en préambule (de savon) pour te répondre.
D’ailleurs je ne sais pas quoi te répondre.
Ah Si merci. Oui, je vais chette après midi à une réunichon offichieuse organisée par les raminotouffus à 15h 17. Ils chont chimpas. Ch’ai vrai qu’ils parlent en che mais on chabitue à forche.
A bientôt de te lire
chervalin