un petit dernier pour la route

Publié le par chervalin

Il a l'air abattu René.
L'air chafouin, les paupières en capote de fiacre, l'oeil torve et galipoteux, le sourcil fatigué et les joues semblant vouloir rentrer dans ses dents.
D'ailleurs il le dit:
"Je suis dépressif, faut le dire au prustistut, je sais plus comment on dit. Mais faut lui dire car moi, je bois pas. C'est les médocs. '"
Noel approche et il espère bien convaincre pour bénéficier d'une petite clémence.
Voir même d'une grosse car il semble gourmand voire un rien salace.
Sagoin en diable, il imagine déjà la bonne blague qu'il va raconter vers 23h30 après avoir lichetrogné sa troisième boutanche de Minervois....
Son oeil s'allume brusquement.
 
René, ce qui l'amène devant moi, c'est une conduite en état alcoolique.
En récidive, c'est même la deuxième récidive avec en prime, une rébellion assez musclé.
Ce qui n'est pas bon du tout pour sa défense.
 
René, m'explique qu'il est un agent municipal et vit une situation très tendue avec son chef qui lui préfère son cousin. Ce chef  lui mine la vie en lui fourgant tout le sale boulot et en refilant le plus chouette et le plus peinard à son cousin.
" Vous comprenez, c'est pas normal, d'ordinnaire on refile ces jobs pas marrant aux bleus qu'arrivent et là, on dirait qu'ils veulent me pousser dehors. Le pire du pire, c'est qu'on habite dans le même immeuble . On a des logements de fonction. Et ces deux là se parlent par dessus mon balcon dès que je suis dessus. Je peux pas être tranquille pour boire ma bière."
 
Moi, magnanime et un rien  compatissant, je fais mine de comprendre et l'invite à saisir le maire adjoint ou le DRH. Il voit un médecin qui lui prescrit des trucs, qui dès qu'il consomme un verre le font passer pour ivre. Il se défend:
" Je n'y peux rien. C'est toujours comme ça. Je ne peux tout de même pas refuser un verre lors d'un pot. Cela ne se fait pas. Bon là il y avait trois ou quatre blancs , mais l'autre il nous a sorti une vieille gnole. C'est ça qui a détraqué le médicament. Rien à voir avec ce que raconte les gendarmes. J'avais bu...., n'importe quoi!!!!!, faut qu'y s'y arrête tout là. J'suis dépressif et voilà tout."
 
Il est comme ça René, sûr de son bon droit et on est prêt à piger ce qu'il raconte. La pression et les tenssions  dans le monde professionnel sont bien réelles et ressemblent beaucoup à ce qu'il raconte. De là à aller picoler il n'y a qu'un pas.
 
Du coup il est presque convainquant et pathétique.
Il me fait signe qu'il n'a pas beaucoup de temps car sa femme l'a accompagné pour venir à cette enquête, car bien sûr il s'est fait sucré son permis et est maintenant dépendant de sa douce et tendre moitié.
 
J'imagine cette femme dévouée et aimante, patientant au volant, deux rues plus loin, en tricotant la layette de son troisième petit fils.
Je lui dis qu'il y en a encore pour une dizaine de minutes quand son téléphone sonne.
Il me demande s'il peut répondre car justement c'est sa femme qui appelle.
 
On devine qu'il doit être un peu beaucoup, voire énormément pas trop à l'aise avec cette suspension de permis, car il a du mal régler la puissance de son haut parleur de son portable et  du coup j'assiste à la conversation.
 
Et là je pige tout.
Rien à voir avec un pseudo harcèlement professionnel, mes braves lecteurs et sublimes lectrices.
 
Aie Aie Aie, ce que j'entends.
Il semble d'après sa mégère qu'elle ne restera pas une seconde de plus à l'attendre, qu'elle bosse, elle, pas comme ce crétin de feignasse qui ne fait que des conneries, et qu'elle n'en a rien à F.... de cet entretien, qu'elle va venir me dire ce qu'elle pense de cette justice de M...., qu'il est un gros C....d, qu'il doit se magner le C..., car sinon il se dém.... ra pour rentrer, que Bor.... de D...., il va morfler l'abruti qui l'a convoqué si elle se déplace........  
 
J'arrête là, car il a raccroché, non sans avoir essayé en se contorsionnant jusquà glisser sous sa chaise de m'éloigner de cette intéressante illustration d'amour conjugal.
 
 
J'essuyais mes larmes en tentant de me retenir de me marrer.
Mais bon, comme j'ai nulle envie de m'en prendre une, je lui demande de me laisser les papiers qu'il m'a apporté, que je me débrouillerais avec et qu'il doit se tirer vite fait pour ne pas envenimer les choses.
 
Le coup du dépressif, coincé par les effets secondaires des médocs, c'était de bonne guerre de le tenter, mais en plus le justifier par des tensions professionnelles là, fallait oser.
Car ce dont j'ai assisté, ce n'était plus des tensions c'est carrément une explosion.
 
Pauvre René.
 
Joyeuses fêtes, quand même
 

Publié dans traversées

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cat 03/01/2013 10:37

rien de pire qu'une dépression avinée .. faut comprendre quand même ! pôv'René

cafardages 26/12/2012 09:13

pauvre René comme tu dis !

Nais' 22/12/2012 10:29

Bonjour Chervalin !
Eh bien ce pauvre gars va surement passer un sale quart d'heure... Ces histoires me font à la fois rire et réfléchir, car elles sont si vraies. Mais tournées comme celle-ci, c'est plutôt drôle
^^
Bises, belle journée ! Bonnes fêtes de fin d'année

chervalin 22/12/2012 15:50



merchi , merchi, chai vraiment chimpa chette fêtes de fin d'années. Ge viens de répondre à la barronne mais les ginfirmiers pchis m'ont foutu une claque. M'en fiche javais piqué l'ordi du
pchikiatre pour vous caujer et ils ne l'ont pas trouvé.


ah cha cogne à nouveau à la porte, cha va encore barder aller revoir Naïche et à l'année prochaine ch'ils me relachent très bonnes fêtes à vous touche.



Labaronne 21/12/2012 21:11

merci Chervalin, avec humour, avec humanité, avec objectivité, avec amour aussi, tu nous ramène dans la vie vraie qu'on ne voit pas, celle des barrés, des déconnectés, des malheureux, des
quinensortirontjamais, des qui aimeraient bien être aidés mais ont toujours été seuls,des qui aimeraient s'en sortir mais ont toujours été seuls, des qui ont été aidés mais qui n'ont pas compris,
des qui surnagent avant de couler, une nouvelle fois, enfin de ceux qu'on n'est pas (oups c'est lourd mais c'est comme ça que je veux dire), mais qu'il faut si peu de chose pour qu'on les rejoigne
- je te dis chapeau, faut le faire ce que tu fais je suis admirative alors je pense qu'il ne sera pas superflu de te souhaiter de passer de belles fêtes de noel et de fin d'année, espérant que la
prochaine (année) sera plus sereine, mais c'est un souhait, et les souhaits.....tu as du en faire @ bientôt

chervalin 22/12/2012 15:42



C'est vrai cela en fait du monde. Je crois que ce qu'ils apprécient le plus c'est d'être écouté, de pouvoir se dire sans forcément être jugé.


Je me souhaite effectivement de bonnes fêtes de fin d'année. Je suis paré:  mes huitres d'Alsace sont arrivées, ma caisse de bordeaux est au congèlateur, le foie gras d'escargots
est à point, (j'ai mis un bout de temps) le saumon d'espagne est dans les startings blocks, et la bûche glacée mijote doucement près du sapin. Reste l'eau où on est pas prêt, car un arrêté
municipal nous informe qu'elle n'est plus potable because une avarie dans le réceptionnateur de divulgation d'eau. Du coup on stoque la neige dans notre chambre. Faut mettre les bottes pour
sortir du lit et surtout ma femme se caille. Elle est jamais contente. 


très bonnes fêtes à toi Baronne et merci pour tes sympathiques interventions .


Je vous laisse car mon infirmier psy est en train de défoncer la porte pour venir récupérer l'ordi que je lui ai piqué au revvvvv  
 aie                 gasp................ 


 



Labaronne 21/12/2012 09:33

finalement il y en a pour qui la fin du monde serait la bienvenue !!!!!

chervalin 21/12/2012 19:38



exactement ce que j'ai pensé.