Un murmure dans les murs

Publié le par chervalin

Il y a dans son regard, une immense mer. Ses yeux bleus envahissent tout. Il a une voix grave et suave et un visage plutôt doux, voire enfantin.

C'est cela...... enfantin.

D'ailleurs si on y pense c'est encore un bout d'enfant.

Sa détention lui fait courber l'échine et il y est présent depuis 5 mois déjà.

Il me dit que non, il n'avait nullement besoin de cet argent et il ne saisit pas pourquoi il a osé.

Y penser oui, mais le faire.....

Il se disait bien incapable  d'oser brandir un pistolet devant des gens.

 

Ah l'argent.

Selon lui, il n'existait cet argent que pour se procurer le bonheur d'acquérir ses doses.

Il me déclare qu'il a pris l'arme qu'on lui tendait comme si on lui avait présenté un carré de chocolat. Il l'a pris mécaniquement sans se préoccuper du sens ou se soucier des effets.

On ne lui a donné aucun ordre.

Il ne se rappelle pas si le braquage avait été évoqué dans la conversation.

Juste une allusion.

Devenue évidence. 

Il était certain qu'il lui fallait cet argent rapidement.....alors.......

 

Maintenant il pense à sa mère.

Non pas pour le malheur qu'il lui procure.

Mais pour le malheur qu'elle lui a procuré.

 

Il devine qu'il y a un lien entre sa toxicomanie et la relation fusionnelle de sa mère.

Il estime qu'elle n'a que ce qu'elle mérite.

 

C'est elle qui l'a enfermé dans cette tour sans limites autres que sa présence envahissante.

Il dit sa colère de l'avoir aimé, d'avoir voulu la guérir de sa solitude, d'avoir voulu l'aider et l'éloigner de la mort.

A trop manipuler avec la mort des autres , on la caresse et on vient à la défier.

C'est ce qu'il a fait avec l'héroïne... Jouer avec la limite et donc de son existence même.

 

Il dit qu'il est libre maintenant.

Car pour lui les murs d'une prison sont réels.

On peux se cogner à eux.

Ils résistent.

Il se coltine maintenant du vrai et du tangible.

 

Il découvre la limite et le cadre sécurisant.

Il devine que  son enfance lui a été dérobé, qu'il a grandi dans de la ouate , dans une cage aseptisée enrobée de tendresse et de mots inutiles et soulants.

Il devine qu'il ne connait rien de la vie, du don de soi, de l'échange, de son image dans le regard de l'autre, de l'autre dans sa pensée.

 

Il a le sentiment d'ouvrir son cerveau.

C'est cela qu'il formule dans l'idée de liberté.

 

Il me confie qu'il a écrit une lettre à son père.

La première depuis 15 ans.

C'est l'âge qu'il avait quand sa mère l'a embarqué à l'autre bout de la terre.

Loin de Wallis.

Trop loin pour vouloir le revoir.

Aimanter par le désir de soigner maman, il a tiré un trait sur ce père, qui semblait ne guère s'intéresser à lui.

 

Puis, dans un murmure étouffé, il me dit que son père lui a répondu.

Et pas qu'une carte postale.

Tout.

Une longue lettre sur son enfance à Wallis, sur la rupture conjugale, sur l'immense silence d'après leur départ, sur sa peine de ne pas avoir pu terminer son job de père.

 

C'est également pour cela qu'il me dit qu'il est libre.

 

Il va  enfin redevenir enfant et accéder au statut d'adulte.

Tout ce qu'avait déconstruit sa mère.

 

Chervalin

 

Publié dans adolescences

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labaronne 01/03/2011 22:26


je viens de lire ta réponse à Isdael -...j'ai voulu l'été dernier attraper un bébé chat (enfin un des quatre) qui saccageait mon jardin - la mère m'a attaquée, j'ai laché le petit (je ne lui aurai
pas fait de mal de toute façon) devant sa détermination qui m'a imposé le respect - les animaux sont bien plus respectables que certains humains, mais il ne faut pas le dire, certains humains ne
l'entendent pas de cette façon, ils traitent leurs animaux mieux que les propres enfants


isdael 01/03/2011 06:58


Combien de parents détruisent leurs enfants sous le label de l'amour, j'ai deux exemples sous les yeux ..... Il est vrai que le métier de parents est le plus difficile même si il ne requiert pas de
diplômes beau billet l'ami


chervalin 01/03/2011 21:52



Merci Isdael.


c'est juste.


C'est également désespérant parfois . trop de parents règlent leurs comptes contractés avec leur histoire sur le dos de leurs enfants.


L'amour n'y est pour rien la dedans.


Il s'agit là de règlement (de compte)


De débit de droit à l'existence.


L'enfant nait en position de débiteur . Il doit payer les aléas de l'existenbce traumatique de ses parents.


C'est ce que dit cette histoire.


Pour épilogue, j'ai reçu hier, une missive de ses parents qui m'informent clairement que cet enfant peut mourir et que cela les arrangerait bien.


Tant il est différent de l'enfant idéal qu'ils avaient révé


Sombres personnes si ressemblantes aux communs des mortels.


chervalin


 



labaronne 27/02/2011 18:35


la prison n'est pas toujours là où on le croit.


chervalin 01/03/2011 21:58



c'est vrai


les murs que tissent nos ancètres dans les projets inconscients nous transforment bien souvent en instrument, comme le sont trop souvent nos actes insensés.


Ils n'ont de sens que ceux que notre histoire familiale a tissé et que malheureusement nous ne connaissons pas.