les rivières de la Léthargie

Publié le par chervalin

C'est un endroit qui ressemble à un décor de Roger Harth, un bout de Bronx, un bout de loft parisien, un sqatt, dont tout les meubles récupérés chez des potes un peu mieux lotis, forment une scène de théâtre.
Il y a les canapés dans lesquels on s'enfonce, non pas en raison du moelleux, mais à cause du manque de ressorts. Il faut des efforts et des contorsions incroyables pour s'en extirper, des tables basses, des coffres, des cageots, des chaises en paille et des étagères en bambous.
Vous voyez hein.
C'est dans cet endroit caricatural, qu'ils ont décidé de fêter un anniversaire.
 
Ils sont quatre, dont trois mineurs, énergiquement  affalés, vigoureusement  tristes, débordant d'inertie et, joyeusement inertes.
Les molécules de THC ont fait leur oeuvre.
Elles se sont grassement installées entre les neurotransmetteurs et ont fermement décidé de ne laisser passer aucune information permettant de se relier avec le monde intelligible.
Elles sont comme ça les THC, elles font ce qu'elles ont envie, elles jouent à intercepter les échanges chimiques qui se pointent à l'orée de la synapse et à les taquiner.
Voilà c'est ça, elles sont taquines.
 
Mais nos quatre ralentis, s'entraperçoivent (parfois les brumes s'effilochent) qu'ils commencent  à s'emmerder copieusement.
Brusquement une étincelle jaillit d'un de ces cerveaux ensommeillés. (une molécule fatiguée je pense, ou ex-filtrée par un agent collatéral qui a laissé filer une secousse d'énergie)
 
- Et si on invitait une meuf?
- Qui c'est qui qu'en connaît une tirabe ?
- Une quoi ?
- Une tirabe, T.I.R.A.B.E, faut que  ch'fais un dessin?
 
- Moi, moi, j'ten trouve une chaude, si j'te jure,  affirme  le plus jeune.
Il a 15 ans, la barbe  agressive, il prend la voix affirmée et autoritaire du père de Tchoupi quand il morigène son enfant de ne pas faire attention lorsqu'il arrose les salades.  (c'est vrai, il en a mis sur ses souliers. Oh là là, le vilain Tchoupi)
 
Il se lève, ramasse son futal qui dégouline sur ses maigres fesses, d'un geste nonchalant (forcément nonchalant) et fouille dans les profondes d'icelui, aux fins d'y quérir le portable qu'il a courageusement dérobé à un petit de 6ème. 
 
Voilà, il a le numéro......., il téléphone...... ah elle répond........ Oui elle est d'accord........elle va viendre tou'suite.........
Oh joie non retenue, esclaffâges et embrassades, liesse et bachanales, pensez vous
 
Que nenni.
 
- ouai... super..... se lamentent ses acolytes, qui ne savent comment juguler leur enthousiasme lugubrisant.
- Enn a quélage, hasarde le plus curieux 
- T'end, tvas pas l' croire, c't 'une vieille, qu à déjà des bornes à son compteur
- Cool !
- Ooouai cool !
- Trop coule!
 
Deux heures plus tard, après de nouvelles goulées de THC , on sonne.
Les deux calés dans le canapé s'aident mutuellement à sortir des profondeurs et se précipitent lentement vers la porte du balcon pour vérifier si ce ne sont pas les bleus qui s'invitent à leur si pétulante soirée.
 
Que nenni.
Alors, ils se dirigent vers la porte, ouvrir à l'accorte personne qui vient dignement leur donner une once de plaisir à caractère sexuel. 
Au début, il a cru à une erreur et a failli le  lui dire en refermant la porte avec détermination d'une main,( l'autre étant occupée à tenir son pantalon vagissant qui réclamait à tue fesse, l'acquisition d'une paire de bretelles)
 
- Bsoarr
- Je suis Léonce, la copine que William vient d'appeler
- Fletrfzlelekwefle......Wiiiilllll .. oh.... Viens oir ......
 
Elle semble aussi déterminée qu'eux à partager un moment de délice à savoir qu'elle est totalement ivre et réclame à peine assise, une wagonette de THC.
Les trois jeunes loupiots tchoupisant viennent de passer en mode télétubbies et découvrent devant leurs paupières en capotes de fiacre, cette femme originale qui vient bousculer leurs représentations.
 
Léonce est âgée de 48 ans et ils n'ont pas pensé du tout  à demander à William ce qu'il entendait par "vieille".
Léonce est une "Cougar" (une femme qui recherche la compagnie d'adolescents) et là ils ne sont pas prêts, mais pas du tout.
Seul William qui l'a déjà connu dans un court moment de félicité, est d'accord pour renouveler l'opération.
Les autres préfèrent continuer de flotter et de stagner dans les vaporeuses sollicitations des rivières de la léthargie.
 
Ils n'étaient prêts à rien de toutes façon, à cet âge, on est dans l'impro constante et sous contrôle des agents du THC.
Mais une grand-mère qui vient leur proposer la botte ... ça non ... C'est pas dans leur imaginature.
Il ne s'est d'ailleurs  pas passé gand chose, ce soir là.
 
C'est ce crétin de Timky wimky qui en a profité pour lui subtiliser son sac à main, pour le blé et surtout l'ipod pendant que William s'autodégénérationalisait.
 
Alors, en colère, elle a déposer plainte.
Pour viol. 
Elle a envoyée du lourd.
 
Et nos quatre Tchoupis de tenter de s'expliquer.
 
Ils m'écoutent leur parler d'une molécule qui s'attarde dans des neuro transmetteurs.
Leurs capotes de fiacre s'ouvrent très grandes, mais non, leur intelligure a toujours des ratés.
Ils demeureront encore un moment dans les rivières de la léthargie. 
 
 
 
 

Publié dans adolescences

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Alba 19/05/2012 13:21

et elle l'a récupéré, son engin musical ?

chervalin 20/05/2012 09:39



Cette personne est une toxicodépendante. Elle ne sait plus très bien où elle en est. Le fait est qu'elle s'est rééllement fait agressée mais pas néccéssairement avec ces trois là, ni ce jour là.


Là est la difficulté car quand même eux qu'elle désigne.


Peut être qu'elle voudrait que ce soit eux, non pas par méchanceté mais parce que ce serait mieux que ce soit eux, pour pouvoir mentaliser une scène qui chasse un traumatisme irrespirable.


Maintenant pour ces trois crétins qui s'enfumment à en perdre le contrôle de leur mémoire, de leur pensée et de leur autodétermination, il leur faudra encore un moment avant de saisir les
conséquences des effets du cannabis car, pour deux d'entre eux,  ils n'ont qu'une idée en tête: se venger du troisième qui a invité cette "cougar".


Ils sont loin d'être sortis des rivières de la léthargie. 



Corinne 13/05/2012 13:12

Quelle histoire ! Je ne sais même pas quoi écrire d'autre ! Pauvres gosses !