les osselets

Publié le par chervalin

Tout gamin, dans le bel âge de l'insouciance et des jeux, Ya un truc où j'étais le roi, c'était les osselets.

 On était peu nombreux à réussir le coup quadruple non placé: 2400 points d'un coup;

déja le coup triple! c'était coton, alors immagine. le réussir te donnait de sacrés galons dans la cour de récré...respect.

Oh là.....respect....

 

Les osselets pour commencer il fallait d'abord réussir une retournette et pas en coup simple, j'te prie, minimum coup double.

T'avais le droit de placer les osselets que tu avais réussi à retourner car on était en partie simple.

D'ailleurs jusqu'à 3000 points t'étais en partie simple.

En gros c'était l'échauffement pour les cracks (patience, patience) et la galère pour les seconds couteaux.

 

Rictus de concentration, langue tirée, l'oeil glauque et ventripotant, le souffle court, les fesses tendues, le front soucieux, l'angoisse quoi!.

 

Le calcul des points, c'était carrément un cours d'additions et de multiplications en direct.

 Si nos instits avaient été plus attentifs à nos exploits, ils en auraient pleuré.

 Pas de joie, mais d'incompréhension!

 

Les concours donc; se déroulaient à la récré du matin, continuaient à celle du midi (on restait à la cantoche) et se terminaient à celle de 4h et demie , car on allait presque tous à l'étude du soir de 17h à 18h.

Sacrée journée n'est-ce pas!!

 

je parle de l'organisation du concours pas des heures d'école... Donc, par groupe de 4 pour les éliminatoires.

La position ,assis par terre mais pas vraiment accroupi, ni en tailleur, ni à genoux, la jambe gauche, repliée presque sous toi et la jambe droite, cassée vers l'arrière. Souplesse, les filles!

 

Démarage par la retournette et déjà tu comptais les points. Alors si tu démarais par un coup triple avec les 5 osselets, tu tapais tout de suite dans des sphères innabordables pour le commun des élèves.

 

Tu te levais lentement, très solennel, attendant que tout le monde te regarde, comme à la piste aux étoiles, un rien cabot, tu attends un peu de silence, (un peu, n'oublie pas que tu es dans la cour de récré) là tu retiens ta respiration, tu plaçes scientifiquement les osselets sur le dos de ta main, les doigts légèrement écartés et hop tu envoyais tac, tac et cladatac.....

Ohhh (dit la foule)

 

Je dis cladatac, c'est pas un effet de style, crois pas, mais c'est pour te préciser que dans la dernière prise tu réceptionnais les trois derniers osselets succèssivement qui venaient se loger dans ta petite menotte. (Que je comprend pas comment on faisait avec de si petites mains...trop fort! ) .

 

C'était beau. Les autres n'applaudissent pas. Ils ragent car tu viens de faire 3 fois 6 égale 18 donc 1800 points. C'est le top!

Non le top c'est coup quadruple , mais t'as pas le droit de la faire en partie simple.

T'as aussi le coup quintuple mais là on le fait jamais en partie, c'est plus comme les jonglages au foot, tu tentes pour la frime, au moment de rentrer en classe, ou si t'as 5 minutes au bas de la cage d'escalier.

 

Après la retournette t'attaquais les ramasses.

D'abord les 1 en quatre fois, puis les 2. Là t'avais droit à une rapprochette. Tu pouvais aussi louper ta prise et recommencer tant que tu rattrapais la mère (Certains disaient le père, on s'en foutait, du moment qu'on jouait)

J'te rappelle que dans les osselets, tu lances la mère en l'air, juste assez haut, et là, tu attrapes ceux qui sont restés par terre, posés négligemment devant toi.

J'espère que tu suis!

 

Après les 2, il y a les 3! Tu me dis que c'est pas possible de faire les 3 car il y a 4 osselets.

Et je te répond, ignare, que l'on en prend 3 et puis 1. et dans le sens qu'on veut. Et toc!

 

D'ailleurs, c'est le moment le plus interressant ce coup là car tu peux frimer à mort, si tu maîtrises un tant soit peu la technique, en les prenant un, par un, avec le pouce et l'index, le petit doigt et l'annulaire servant de boite de réception bien retournés contre ta paume. (J'tavais dit que c'était technique).

 

Sinon tu pouvais le faire à l'arrache en faisant une balayette. (après avoir fait aussi une rapprochette, si tu veux. mais tu pouvais tenter direct la grande balayette, c'est toi qui vois.

Après le 3, il y avait les 4.....

Tin tin tin....

Coton les 4. Surtout si tu les avais lancé comme un manche.

Remarque dans la partie simple, tu pouvais les faire se toucher. C'est déjà ça!

 

Mais mon gars s'ils étaient écartés tu en chiais un max, car tu n'avais droit qu' 2 rapprochettes que les autres comptaient à haute voix, histoire de te mettre la pression.

Bon t'as réussi les 4. Bingo tu fais une retournette et tu additionnes tes points.

 

Bon alors, on dit que t'es pas mauvais et que la première fois t'as fait , allez on va dire 800. (Coup double avec 3 osselets dont la mère. Car j'ai oublié de te dire que les osselets valent chacun 100 et la mère elle vaut 200)

Et là à ta deuxième retournette tu fais 600 (je te laisse deviner combien tu as d'osselets) t'as un total de 1400. chouette et hop tu repars pour une nouvelle série de ramasse. et ainsi de suite jusqu'à 10000.

 

Sachant qu'à 3000 t'attaques la partie sévère.

 Là ça chie car les interdits sont nombreux.

 

Quelle maîtrise de soi il fallait avoir, calme, adroit, concentré dans une bulle , calculateur, contrôle de la respiration, résister aux provocations, ne pas bouger, se taire, réflexion, prises de choix adaptées , coordinnation oeil-bras-doigt-espace-osselets.

 

Et les instits qui fumaient là bas (rappelle toi on est en 1964 et la Loi Evin n'était pas passé) à l'autre bout de la cour!

 

Qu'est-ce qu'ils loupaient. En fait tant mieux car ils nous auraient mis la pression et gaché notre liberté d'apprendre.

 

Autodidactes on était, auto disciplinés, ecoute bien cela jeune Padawane, des gamins de 10 ans qui dans un même jeu mettaient en place :

un comité d'organisation, une centrale de réservations pour les inscriptions, un corp d'arbitrage, une police d'intervention, un collectif de préparation du terrain (les osselets se jouent sur un trottoir en béton, pomme à l'eau, donc il fallait nettoyer) un fournisseur de matériel (Il fallait bien qu'il y en ait un d'entre nous qui pense à amener un jeu) et des joueurs qui aient pris le temps de s'entraîner dans leur chambre avant de faire leurs devoirs et avant que la voisine de dessous ne tape dans son plafond.

 

Et là, Benoit, t'es en deuxième position derrière Mohammed, il était également très fort mohamed, t'as disons 4500 et bing, c'est la fin de la récré.

On marque le score sur notre main ou alors dans la terre qu'il reste autour des arbres de la cour quand on avait pas de stylo.

Et joyeusement nous retournons nous instruire.

Tu parles de la rigolade après cette tension.

 

C'était presque la récré. On était en pleine inversion d'instruction.

 Du jamais vu!

 

Que dis-je du pas racontable!! Si, un peu...la preuve..

 

Bon à midi, on reprend nos places, on vire les petits qui ont osé s't installer et on remet la sauce, non sans avoir quelque peu roté, pêté et craché les derniers reliefs du repas de la cantoche.

 

Concentration.......

C'est repartit avec Lefur, un maigrichon qui joue bien mais qui loupe souvent les grosses retournettes (4 ou 5 osselets), donc pas dangeureux mais long à attendre. 

Fait chier Lefur, l'heure tourne...........

 

Ah ça y est, C'est à Leroux. Lui, c'est rapide, bon en retournette, mais facile à déconcentrer.

Il finit rarement la partie et se casse toujours fâché.

Faut dire qu'on mettait le paquet: "Ya ta braguette qu'est ouverte!" ou "On voit ton slip qui déborde" ou pire "Y a ta mère à la porte!"

 

Bon d'accord on est loin de ta mère en short devant l' monoprix, mais ça marche!

Il était con Leroux!

 

Merde! C'est au tour de Mohamed. Là t'as intérêt à ce qu'il loupe car sinon, tu restes là assis sagement, jusqu'à la sonnerie. Bonjour le défoulement.

Pas étonnant que Monsieur Moreux (c'est notre maît') nous tiraille les cheveux au niveau des tempes, (ça fait mal, la vache) quand on n'arrive pas à se mettre en rangt à côté de ceux de Madame Picard.

 

Bon, j'ai pas eu le temps de jouer. N'empêche , sacrée école de la frustration; les osselets! Et de patience!

M'en fous, à 4h c'est à moi de commencer et je rattraperais Mohamed.

Mohamed, c'était mon meilleur copain de cette époque.

S.N.P. il s'appelait!

Cela voulait dire, Sans nom propre!

 

L'avait pas de nom! Cétait bizzare, sans plus. Du coup, on l'appelait par son prénom! Original non ?

Il était à côté de moi sur le banc, et savait dessiner vachement bien les hommes forts. Comme Maciste ou Zembla ou Tarzan.

Voilà, 4 heures! Mohamed arrive aux 10000 avant moi, et attaque les épreuves.

Les épreuves...... Tin, tin, tin,........

 

Moment pestaculaire et théatral, les filles.

C'est bête, d'ailleurs il n'y avait pas de filles dans notre cour.

 Un long mur nous séparait. On les entendait de l'autre coté . Qu'est ce qu'elles pouvaient crier ces quilles.

 C'est sûr, elles faisaient leurs intéressantes pour nous attirer.

Qu'est ce qu'elle étaient Bêtes, mais Bêtes... franchement on avait d'autres choses à faire...Bon, les épreuves.....

D'abord tu fais la tête de mort. ça calme!

Tu piges que si tu loupes tu repars au début de la partie sévère. Roulement de tambours (on devrait dire cymbales mais à l'époque je savais pas que ça existait, alors on dit tambour, ça cause mieux et puis ça doit faire plus de bruit, tant qu'à tout prendre!)

 

Bon on dit que t'as réussi sinon on en a pour des plombes à tout recommencer, et là tu fais dans l'ordre:

La tour eiffel, la tour eiffel inversée, la petite et la grande balayette, le saucisson, le petit et le grand pont, la petite et la grande barrière, l'arraignée et enfin une dernière tête de mort finale. Et là, rapide, tu filais aux chiottes pour pisser, car ça te démangeait depuis un bail.

 

 

 

Publié dans ballade en famille

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Corinne 03/04/2012 07:51

Mais oui Monsieur que les filles y jouaient, non mais (rire)et même qu'il y avait les pantalons fuseaux (copie des pantalons pour la neige^et même que j'avais de chaussures d'hiver en phoque (les
pauvres)Puis les garçons jouaient aussi à l'élastique avec nous dans la rue ....
Amicalement
Corinne

Corinne 02/04/2012 22:43

Oh le bonheur des osselets ! Mes mains s'en souviennent encore (bosses et écorchures)Il y a une bonne quinzaine d'année j'en ai trouvé chez Nature & découverte et j'ai appris à mes aînés mais
je pense que Christian et moi étions plus heureux qu'eux d'y jouer.
Bonne nuit
Corinne

chervalin 03/04/2012 07:38



comment ça, les filles y jouaient?


Elles s'asseyaient en tailleur oiù se mettaient à genoux (n'importe quoi!!) car à cette époque, point trop la mode des pantalons chez les quilles.Elles étaient en jupe et ça ne le faisait
pas.


De plus, nous étions des "dégôutants" car par terre c'était sale. Chochottes va!


Mais maheureuse, en tailleur, pour faire une balayette de 70 cm de long !


Tu pleures.


Remarques je me suis laisser aller à jouer aux petites balles sur le mur ou à la corde à sauter ou encore à l'élastique. Vraiment pas fastoche.


J'aimais bien aussi la marelle.


Un peu aussi pour voir comme Souchon, sous la jupe des filles quand elles se penchent en déséquilibre pour récupérer le palet.



Labaronne 02/04/2012 22:30

ben dis donc, les nanas aussi elles y jouaient, je l'ai fait moi, mais en école mixte, et qu'ils était con ces garçons, avec leur grande gueule !!!!!!!!!! merci pour ce moment magnifique

chervalin 03/04/2012 07:41



C'est vrai qu'à mon époque les garçons regardaient les filles avec cette supériorité qui n'a d'égal que le regard hautain des filles sur eux.