le silence de l'amer

Publié le par chervalin

6 ans.

C'est pas bien grand.

Mais elle sait qu'elle est l'enjeu du conflit familial.

6 ans.

Elle devrait être tout à ses soucis de jeux, de cadeaux, de surprises, de rêves à faire.

Mais non elle se préoccupe de prévoir la réaction de ses parents et s'applique à travailler ses émotions afin qu'elles ne trahissent pas un sentiment susceptible de les chagriner.

6 ans.

Quand je visite la famille maternelle, elle ne cesse de se montrer câline et affectueuse avec sa maman.

C'est doux, c'est attendrissant et c'est plutôt bon signe.

 

L'entretien se termine avec la maman et l'enfant est d'accord pour un entretien sans la présence de sa mère, dans sa chambre.

Sans elle.

Alors doucement, sans hâte, selon un scénario prémédité et que j'estime attendu, l'enfant ferme tranquillement la porte et déclare:

"S'il te plaît, dis au Juge que je ne veux plus vivre ici, que je veux vivre chez mon père, et que je suis malade quand je suis chez ma mère. S'il te plaît, Monsieur, aide moi, j'en ai marre".

 

Je prends note, quitte le domicile  et reçoit un appel téléphonique de la maman quelques heures plus tard, m'informant que j'avais traumatisé sa fille qui en larmes regrettait de m'avoir dit ces horribles choses sur elle.

-Hein Clotilde, redit le au monsieur ce que tu m'as dit.... Vas -y ma Clo clo, il t'écoute.........

Silence......

 

C'est puissant le silence d'un enfant.

 

J'ai aimé ce silence là et soutenu cette enfant du bout du combiné.

 

6 ans.

C'est assez fragile un enfant de cet âge.

Mais parfois on découvre que derrière la fragilité , se cache une forte intelligence.

Pas celle du savoir.

Celle de l'instinct de sauvegarde.

A 6 ans, elle a su fabriquer une échelle pour sortir du bocal dans lequel , sa mère tranquillement l'asphyxiait

 

Il arrive que les enfants sachent s'organiser pour construire un mode relationnel qui vienne guérir le parent, le satisfaire dans ses attentes et se comportent alors en soignants zèlés et en serviteurs dévoués.

Clotilde est de ceux (celles)là.

Mais elle n'en est pas dupe.

Elle n'a pourtant que 6 ans.

 

C'est une enfant admirable.

 

 

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Bé@ 07/06/2011 11:54


Et merci à vous de m'apprendre qu'une formation est mise en place; ça fait du baume au coeur.


Bé@ 06/06/2011 20:03


Certes certains JAF écoutent les enfants avec un "spécialiste", mais pas toujours et ce spécialiste manque parfois d'expérience, ce qui rejaillit sur les décisions... et sur les enfants. Bien sûr,
il existe, Dieu merci, de vrais pros, mais ce n'est pas forcément la majorité. Quant aux placements, si ce n'est dans le cercle familial, ils sont ressentis comme des abandons, et, d'autre part,
certains enfants ont été victimes de responsables de familles "accueillantes". Pour ce qui est de l'aliénation parentale, je suis sûre que vous connaissez l'ACALPA. Avec les enfants, pour les
enfants, il faut prendre son temps, écouter, y aller avec des pincettes. Visiblement, c'est quelque chose que VOUS savez faire et c'est tant mieux. Merci d'exister pour eux.


chervalin 06/06/2011 21:24



bonsoir Bé@


oui c'est juste, il y a des familles d'accueil qui ne sont pas formées à prendre en charge des enfants qui présentent des troubles de la personnalité ou du comportement en lien avec la
maltraitance.  Les enfants rejouent alors les scènes ou les relations inadaptées pour remettre en place les membres de la famille d'accueil dans les shémas qu'ils connaissent en tentant
d'instrumentaliser la famille dans un dessein réparateur.


C'est délicat à déceler car l'enfant va fonctionner par signaux maladroits, par touches irritantes ou provocatrices, par des comportements de fuite ou d'inhibition et va souvent se placer
sur une position sacrificielle déroutante.


  Un formation est en ce moment en voie de se généraliser pour les accueillants.  


Merci pour vos agréables paroles.



Bé@ 24/05/2011 10:08


Je pense que les magistrats devraient pouvoir écouter les enfants, même très jeunes, mais en présence de psychologues spécialisés. Et peut-être dans un cadre qui les déstabilise le moins possible,
après une "cure" loin des parents pendant quelque temps, le temps de relâcher les pressions et de distancier l'aliénation parentale. Les parents, surtout, devraient cesser de prendre leurs enfants
en otages, mais ça, on sait que certains n'en n'ont pas la capacité, hélas. Beaucoup reste à faire dans l'éducation des PARENTS.


chervalin 06/06/2011 12:32



tout ce que vous préconisez, existe.


Il y a des procédures JAF qui ordonnent les auditions d'enfants par une personne habilitée.


Il existe aussi des lieux de cure ou d'éloignement mais prise dans le cadre de la justice des mineurs par des placements provisoires en familes d'accueil ou des accueils séquentiels qui offrent
un espace lors de climat tendu ou de crise familiale.


Enfin, les parents, n'ont bien souvent pas conscience qu'ils prennent leurs enfants en otage. Il s'agit parfois d'un mouvement inconscient qui trouve son socle dans une histoire
transgénérationnelle



Bé@ 24/05/2011 10:02


Clotilde à réussi, grâce à votre intervention, à se sortir des griffes d'une mère manipulatrice et étouffante. J'espère qu'aujourd'hui elle se porte bien. A 6 ans, certains enfants ont une maturité
incroyable et trouvent les moyens et les mots pour s'en sortir... et savent attrapper la perche qui leur est tendue.


labaronne 04/03/2011 22:58


et les magistrats ne veulent pas entendre ces enfants parce qu'ils n'ont pas "l'âge de raison", alors qu'ils ont bien des raisons d'être entendus et surtout écoutés