le ricaneur

Publié le par chervalin

Cela fait déjà un moment qu'il vient.

Il a la cinquantaine, malingre, la tignasse hirsute et sale, les vêtements chiffoneux, le sourcil gras, il lui manque quelques dents, il boitille de partout, parle vite sur un mode saccadé et ricane sans arrêt.

Il est scrupuleusement régulier et arrive plutôt en avance.

Très poli et policé il ne manque jamais de saluer avec insistance la secrétaire, qui n'a cure de ses amabilités.

 

Il doit me confondre avec son docteur.

Qu'il visite tout aussi régulièrement.

D'ailleurs depuis quelques temps, il ne me parle que de ses soucis de santé. Il a plusieurs trucs en même temps, cela va pas bien du tout dans ses entrailles.

Ce serait même grave.

bon.

J'écoute d'une oreille distraite n'étant pas de la partie. D'ailleurs il reste évasif et ricane de ses douleurs dont on ne sait si elles existent vraiment.

 

Je me souviens vaguement qu'il devait de nouveau se faire opérer et il me répond d'un air détaché qu'il est bien passé sur le billard mais qu'ils ont préféré ne rien faire et lui ont prescrit un paquet de médics d'anti douleur.

 

Et il me regarde dans le vague, un peu éloigné.

Ce type de regard qui se fixe quelque part sur un coin de ton visage, regardant sans te voir.

Une crispation saccadée surgit sur sa joue gauche.

 

Il m'invite à deviner et à ne pas dire.

Il esquisse un sourire, sorte de rictus peu engageant et me regarde. Il sait que j'ai compris.

 

A son sourire agaçant et cette incroyable morgue qu'il affiche face à l'appareil judiciaire et son mépris pour les victimes, je ne suis pas d'humeur à m'apitoyer et à afficher  une compassion quelqonque.

Déjà je saisi mon agenda.

Je lui demande s'il va toujours voir son psy, c'est pour lui une néccéssité mais aussi une obligation.

Et la réponse est brute et sèche:

- Pourquoi faire ? Ah non je n'y vais plus, d'ailleurs je n'ai plus d'argent et puis......

 

Il attend que je lui demande et puis quoi?

Il aime jouer.

Il va jouer avec la mort maintenant.

Il va nier face à elle comme pour la défier.

Comme il défie et nie face au juge.

Les deux fillettes, nièce et petite-fille pour lesquelles il est mis en accusation de viols sont, elles aussi, dans un jeu avec la mort.

Celle de leur enfance brisée.

En l'accompagnant à la porte, il me semble l'entendre ricaner.

Il se dit qu'il va échapper au procès.

 

 

Publié dans agacements

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Labaronne 14/02/2012 13:15

Le mot "blindage" a du être inventé pour des intervenants comme toi