Le gibier

Publié le par chervalin

Elle a de grands yeux, Capucine, un tout petit nez pointu et tout le reste est rond. Elle dit avoir pris 40 kilos depuis sa séparation. Alors évidemment, elle n'est plus aussi gracieuse qu'avant.

Capucine a 20 ans. 

Dont 5 de prostitution.

Ses parents l'ont appris il y a deux ans. Pas vraiment un choc pour eux mais une colère. 

Vite, vite, il fallait la marier pour taire ce fameux quand dira -t-on. Celui qui va ternir l'image de l'entreprise familiale de terrassement solidement installée à la sortie du bourg.

- Ma fille tu me fais honte et j'ai décidé de te présenter à un ami chasseur qui va rapidement te faire une belle situation et tu n'auras plus à te comporter comme une traînée.

Elle est un peu naïve Capucine, pas fute-fute comme on dit chez nous. 17 ans la séduction facile, la mignonne continue de roucouler au près des jeunots.

Le soir dit, l'ami chasseur est invité au repas et présente ses civilités en affichant très sérieusement ses 55ans.

Elle aurait pu s'en douter ... Un ami chasseur..... Tout de même..... Plus vieux que son père en plus.....

Capucine n'a pas le choix et de plus, sortir avec un vieux moche fortuné ne lui déplaît pas. 

Avoir la belle vie, le standing des anges de la télé-réalité à Miami.

le must du allo quoi

Il a une porche. Elle rêve de s'afficher dedans, et narguer ses petits amis, ces crétins qui b... pour 50 balles, mal en plus.

Capucine découvre que le vieux beau en fait de palace git dans un miteux deux pièces et n'a de rutilant que sa porche. Grosse déception. Ce beau parleur continue de l'embobiner et lui parle de ses maisons en Tunisie et  de son beau et grand métier de producteur dans l'événementiel. 

Producteur ça en jette. 

Capucine s'étonne que ce compagnon imposé ne travaille pas et parte tous les soirs sans elle, faire du business en ville. Elle se retrouve seule. Il arrive à la convaincre qu'il y a danger pour elle de sortir là où il va et même qu'il y a danger dans l'appartement et comme il est inquiet pour elle, il lui affirme que s'il l'enferme dans l'appart c'est pour la protéger car il l'aime trop. D'ailleurs, il pense lui envoyer rapidement un ami qui la protègera. Elle va vite comprendre que ce qu'il produit n'est absolument pas de l'événementiel.

Elle n'en sait rien mais doute. Elle pense avoir deviné mais son cerveau ne veut pas l'accepter.

Puis enfin, un ami de son compagnon, vient lui tenir compagnie pour la soirée.

Il se montre entreprenant et même insistant. 

Il se montre insistant et même exigeant.

Il se montre exigeant et même abusant.

Ce qu'il fit n'est pas dit dans la chanson, mais il revint plusieurs fois.

D'autres amis vinrent pour une soirée, partager sa solitude et son lit, avec la bienveillance de son compagnon qui ne rentrait qu'au petit matin. 

Lorsqu'elle se montrait réticente et disgracieuse avec ces amis, évidemment, ce compagnon aimant lui montrait son attachement et son affection à grands coups de ceinturon.

Et puis un enfant est attendu. Capucine avait tellement pris du poids, que cet avènement avait passé outre la date limite et s'était aventuré au delà de la loi. C'est pour dans trois mois.

La porte est restée entrouverte et Capucine s'est échappée.

Évidemment la sortie chez le médecin et la rencontre d'une personne de la PMI ont modifié la donne et Capucine a pu enfin sortir de son enfermement et trouver refuge chez sa maman qui la croyait partie en Tunisie et donc,  lui en voulait de ce long  silence.

Mais non, Capucine résidait dans le village à côté et n'avait à peine pris conscience qu'elle  n'était pas sortie depuis 8 mois. Le processus d'enfermement perturbe l'horloge interne et contracte le temps. Les sens sont altérés et la raison vascille. Capucine s'est laissé doucement glisser vers le syndrome de Stockolm dont une des conséquences est de prendre le parti ou la cause de son ravisseur. Elle subit mais s'autorise à penser que c'est parce qu'elle est exceptionnelle que son compagnon la protège et lui envoie des protecteurs.

Pourtant, à son insu son cerveau réagit et décide de modifier son aspect physique en abîmant son corps. Elle prend du poids aux fins de rendre son corps indésirable.

Le bébé est né et son merveilleux compagnon s'est empressé de le reconnaître aux fins de continuer à contrôler sa tendre dulcinée.

Le pire c'est que Capucine n'a pas osé raconter son calvaire à ses parents. Car enfin, se retrouver de nouveau dans la prostitution et en plus avec le meilleur ami de son père, c'était pire que la honte, c'était le déhonneur et le rejet.

Pour sa famille, elle se séparait. C'est tout !!

Et elle  ne voulait plus entendre parler de ce type. Point !

C'est alors qu'elle a reçu une requête pour se présenter devant le JAF et qu'elle a découvert après quelques années que le père de l'enfant souhaitait participer à son éducation. Il proposait une coquette pension alimentaire contre un droit de visite et d'hébergement. 

Capucine a pâli.

Sa petite fille avait deux ans et l'image de ce ex compagnon violent et pervers est revenue lui hanter l'esprit. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas. Capucine avait déformé son corps pour ne plus être désirable et oublier les manigances masculines, mais elle ne pouvait pas  faire de même pour sa fille.

Il fallait qu'elle parle. Ce qu'elle fit un soir, à table devant ses parents tétanisés.

Elle reçue une baffe magistrale de son père mais fût aussitôt surprise qu'il l'a prenne et la serre dans  ses bras et lui déclare en pleurant qu'il était un père indigne et qu'il allait tout faire pour saisir la loi pour la défendre de cet énergumène.

Point de fusil, point de vengeance réciproque, point de drame. Il a reconnu qu'il se méfiait de ce personnage mais qu'il était comme beaucoup séduit par son entregent et ses belles paroles.

- Il parlait comme un avocat, comme un politicien de la télé, et nous les chasseurs, on a tendance à banaliser  ces sornettes étant également habiles à en raconter. Il était des nôtres........ , sans plus.......

Il lui a dit, qu'il s'était trompé, qu'il était seul responsable de ce désastre et qu'il allait maintenant la protéger.

Les larmes coulaient sur le front de sa fille . Il lui a parlé des oiseaux, des libellules et des hérissons. Il lui a dit que les fleurs pouvaient aussi se défendre. Il parlait de la forêt et aussi de son amour pour les abeilles. Il laissait aller les mots. Ceux qu'il connaissait, ceux de la nature qu'il a su grignoter sur les chemins comme on picore une myrtille ou une noisette.

Il fallait qu'il lui parle pour meubler, pour exorciser, pour fuire le silence, pour l'apaiser,

pour s'apaiser.   

Il lui a affirmé qu'avec elle , il défendrait son enfant et l'écarterait des griffes de ce prédateur. Qu'elle ne serait plus un gibier et que lui seul méritait une sanction pour son aveuglement et sa cupidité.

Il m'a raconté cela ce père , pour expliquer qu'il freinait voire empêchait que le droit de visite se déroule selon la décision du juge. Qu'il avait épuisé tous les moyens légaux pour ne pas respecter ce droit de visite mais que là, il arrivait au bout et qu'il allait au conflit.

Avec sa carabine.

Que pour lors, le gibier changerait de camp.  

Et il ne voyait pas qui pourrait avoir la taille suffisante de l'empêcher de solder cette affaire à sa manière si cette pourriture continuait de perturber la vie de Capucine et de sa petite fille.

Il ne cherchait pas à m'impressionner, ni à me menacer. Il était simplement sincère et déterminé.

Inatteignable dans sa douleur et ô combien vrai.

J'enviais alors Capucine d'avoir un père pareil.  Capable de reconnaître ses erreurs et déterminé à les réparer jusque dans le sacrifice.

Un moment, un moment seulement, j'ai eu envie de prendre un fusil et de partir avec lui.

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Pastelle 09/06/2013 01:13

Bouleversante histoire. Je n'ai pas de fusil mais il doit y avoir moyen de l'aider autrement...

chervalin 09/06/2013 12:44



Maaaa non faut pas prendre ton fusil.


ce proxénitisme là est quasi invisible. Tout ce que je sais sur son fonctionnement c'est qu'il passe par les clubs échangistes.