Le faux frère

Publié le par chervalin

 

Le Faux-frère

Monsieur Robert est né dans la glorieuse période du baby boum, au cœur d’un village dortoir, proche d’une grosse cité laborieuse. L’ambiance familiale est stricte et austère, les rires et autres joyeusetés de la vie enfantine sont proscrits, la vie est triste et monacale.

Ici, on est très dévot, on copine avec le vicaire, la messe est la seule activité extra familiale et l’éducation des enfants n’est envisageable qu’en internat religieux situé à l’opposé du département. Trois sorties annuelles sont autorisées, l’existence y est rythmée par les devoirs et autres soumissions liés au culte.

Robert s’y complait, de force puis, par habitude et enfin la foi semble l’habiter car le voilà dans le désir d’embrasser la prêtrise. Il a une révélation et son mentor, le trouve prédestiné à être missionnaire.

Jeune adulte, Robert s’investira dans la formation du catéchisme aux enfants de la paroisse , il trouve un emploi, n’a aucune activité sociale.

Il est âgé de 41 ans lorsqu’il fait la connaissance d’une femme à qui, il propose de prendre la gérance d’une auberge.

Il ne sait pas, ni ne goutte faire la cuisine, elle non plus, mais qu’importe ils se lancent.

Pas loin, celle-ci s’enfuie rapidement , peu après leurs fiançailles.

Cette affliction ne le perturbe pas car sa mission est autre.

Car le but à peine masqué de Robert était de créer, non pas une auberge mais un lieu d‘accueil de jeunes à la dérive.

Le droit chemin……. Les remettre dans le droit chemin!

Voilà sa mission.

Ce qu’il fit d’emblée et qui a provoqué le départ précipité de sa « mal » aimée.

 

Le missionnaire continue le sacerdoce qu’il s’est imposé et qu’il n’a jamais perdu de vue depuis son adolescence. Financièrement il n’arrive pas à obtenir les aides nécessaires et est contraint de prendre la fuite, laissant contrat, biens et dettes en l’état.

Robert a du ressort et surtout il cherche le moyen d’être reconnu et financé. Il choisi de rentrer sous les ordres et s’oriente vers une congrégation dissidente. Il suit le noviciat, mais demeure postulant donc, n’est pas autorisé à porter la parole de la congrégation et à porter soutane.

Pas grave, il en vole une et part dans une contrée retirée et se présentera auprès de diverses associations intervenants dans l’accueil de jeunes en déshérence.

Le droit chemin!

Pour lors, il endosse la soutane et se présente auprès des différents interlocuteurs, donnant ainsi une image , certes désuète, mais rassurante.

Les portes s’ouvrent, les porte monnaies itou, et l’association qu’il vient de créer s’étoffe de plusieurs membres de bigotes désœuvrées, accrochées aux discours compassionnels.

Robert se positionne en tuteur de séjour pour chaque jeune, il convainc les membres de son association de recevoir et d’accueillir comme lui, un jeune de façon transitoire.

 

Robert…… Faux-frère Robert , lui se charge de leur trouver un emploi ou une formation, et un hébergement.

-Ensemble, nous les remettrons dans le droit chemin

La soutane servira de sésame et doucement un réseau se tisse.

La population va rapidement se rajeunir.

Des jeunes travailleurs en quête de logement et de père substitutif, l’association voit se présenter des enfants de plus en plus jeunes, 13 ou 14 ans, qui disent vouloir rencontrer le Faux-frère Robert.

Certains sont en fugue, d’autres sont des routeurs, d’autres vivent chez leurs parents mais trouvent le contact de Faux-frère Robert intéressant.

Car derrière le discours moralisateur de la jeunesse corrompue par l’alcool, la drogue et l’école laïque, ces petits garçons aiment repartir de leurs entretiens confessions en tenant leur froc d’une main et les billets de banque de l’autre.

Jusqu’au jour où, ces petits jeunes isolés se connectent par hasard et s’interrogent mutuellement sur les relations disons, charnelles avec leur bienfaiteur.

Ils s’accordent pour faire monter le tarif.

La vie est dure pour Faux-frère Robert qui est bien obligé de s’aligner aux exigences de la clientèle.

Faux-frère Robert va réagir en divisant ce couple immonde et irrespectueux, en éloignant l’un dans une famille d’accueil et en retournant voir les parents du deuxième présentant le premier comme responsable du comportement oisif du second.

-Vous voyez, ces jeunes il faut les cadrer, avec moi, ça fonctionne!

Votre fils fait d’ailleurs de gros progrès n’est-ce pas ?

Le droit chemin, il n’y a que ça qui compte les maintenir dans le droit chemin.

Je reviendrais bénir votre maison la semaine prochaine.

-Quelle dévotion, et quelle abnégation, quel dévouement. C’est beau

- C’est plutôt con, pense Théodule, qui, s’il n’a plus guère de respect pour son propre corps, se voit assez contrit de perdre un compagnon de galère.

L’éloignement a du bon, je ne cesserais de le répéter, car le premier jeune, embarqué dans une famille d’accueil sécurisante et apaisante s’est autorisé à leur confier la réalité des liens qu’entretenait le Faux-frère Robert.

Plainte, suivi de celle des parents de Théodule. Et stop! Car les auditions ont fait état d’une dizaine d’autres jeunes qui n’ont pas souhaité déposer une plainte.

-Pas un prêtre tout de même!

Même faux!

 

Epilogue

Il ne s’agit pas d’une attaque en règle contre le clergé, peu importe . L’objet de ma réflexion se situe sur la périphérie des actes reprochés.

Tout d’abord, il faut informer que seul Robert se présentera à la barre.

Il manque pourtant du monde.

Elles étaient quatre ces bigotes bon teint, ayant pignon sur leur escalier privé, qui sont tombées sous le charme irrésistible de la soutane. L’une d’elle la repassait fièrement et respectueusement chaque semaine. L’aveuglement n’est pas un délit, certes, mais dans cette situation, deux points me chiffonnent.

Le premier est l’entière disponibilité de ces quatre personnes, dont trois, travaillaient, étaient mariées, deux avaient encore des enfants mineurs, une était grand-mère de cinq ou six petits enfants, deux émargeaient avec dynamisme dans une autre association.

Une seule, entrait dans la catégorie quelque peu caricaturale de la bigote abonnée au parvis de l’église. Cette dernière ne s’offusquait même pas de ne point y rencontrer Robert, l’excusant par avance. -Il ne peux pas être partout!

L‘image de la soutane, a parfaitement fonctionné. Pourtant depuis des lustres, les prêtres se sont débarrassés de ce drap encombrant et présentent à leurs ouailles un serviteur sachant s’adapter à notre temps . Soyons d’jeun’s

Mais alors pourquoi cela a-t-il marché? A l’heure où les églises se vident, où les troncs se lamentent et où le pape convie les médias dans sa piscine.

Ces quatre personnes ont accepté, tranquillement de prendre sous leur toit un jeune, sans aucunes garanties, compétences autre que la compassion, couvertures juridiques et sociales, sans contrat, sans cadre institutionnel, uniquement parce qu’une relique ou un symbole leur en a fait la demande.

Toutes ont fait l’impasse sur les services sociaux déclarés incompétents par la soutane.

Toutes ne se sont guère préoccupé si des parents existaient pour ses garçons, Ils ont été déclarés inaptes à élever leurs enfants par la relique.

Toutes ne se sont guère préoccupé de ce que deviennent ces enfants lorqu’ils quittaient leur logement, puisque la robe noire s’en occupait si bien, c’est qu’ils allaient bien. Sauf que la majorité retournait à la rue ou dans le camping voisin, voir dans un squat, déniché par Robert.

Même après sa mise en examen et sa détention, pour deux d’entre elles, l’habit continuait à les fasciner . Elles ne pouvaient accepter ni les faits, ni qu’un prêtre en fusse l’auteur. Elles ne pouvaient pas intégrer que la robe était une usurpation.

Pour elles, l’habit fait le moine.

Le deuxième point est celui provoqué chez les parents de Théodule. Celle de cette confiance déposée sur un prêtre, masquant en tout point la déqualification en marche des rôles parentaux.

 Le mécanisme mis en place par Robert est celui de l'anesthésie. Il endort la méfiance en l'assomant d'un cliché, puis se montre à l'écoute de l'ado , il comprendbien,  reformulationne, il bienveille, il quellmalheurise, il monpôvreugarçonise, à chaque phrase.

 Dès lors, la proie s'attendrie, elle se déchire déjà dans ses doigts. La seconde partie de la stratégie consiste à renforcer les dires du jeune sur les attaques qu'il formule lui même contre ses parents. Puis de lui souffler ce qu'il n'ose dire. Ainsi, c'est le jeune qui portera la responsabilité de son éloignement parental et son corrolaire, le rapprochement de Robert. D'ailleurs, c'est lui qui est demandeur. Porteur de ce sentiment, Théodule  doutera de lui, de sa pensée de son réel amour pour ses parents. Il se convaincra, afin de justifier ce doute, que Robert  a raison et  que ses parents  se fichent de lui.

Alors il fera alliance et se donnera corps et ame à ce gourou protecteur qui lui, et lui seul le comprend. Perdu dans ses sentiments, Théodule confusionnera demande affective et réponse sexuelle.

Les parents ne distinguant rien d'autre que la robe noire, n'ont pu un instant repérer le stratagène. Théodule s'éloigne d'eux, mais rien que de très normal c'est la crise tant redoutée de l'adolescence.

Mais il sont rassurés, car ils savent où il est. 

S'il est possible que Théodule se remette de cette manipulation, les parents quand à eux ont à rebatir deux générations de confiance en la justice divine et en la justice des hommes.

 

chervalin

Publié dans adolescences

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