local héro

Publié le par chervalin

Germain l'avait croisé sur le chemin de la corniche.
Il avait facilement deviné qu'elle avait un peu peur car à cet endroit, c'est plutôt impressionnant.
Alors il a ralenti et il a proposé de lui tenir la main pour franchir ces quelques mètres.
Voilà, c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés.
Le regard, ses yeux, sa nuque fragile, sa douceur, sa voix, sa coupe de cheveux, sa silhouette...
Il n'était plus lui
Il était avec elle
Germain s'est aperçu qu'il lui tenait toujours la main 100 mètres plus loin.
Là où la forêt de sapins protège le chemin de toute vue sur le vide.
Elle s'appelait Mirabelle.
Jamais il n'avait entendu un tel prénom mais il en était déjà sûr, c'était le prénom qui lui allait le mieux.
D'ailleurs, elle était à croquer.
 
Mais Mirabelle était déjà mariée et lui a annoncé un bout de chemin plus tard, qu'elle avait un enfant.
Un petit garçon nommé Erwan.
Un petit venu trop tôt dans sa vie comme cette décision de prendre ce muffle de Pascal pour compagnon.
Mirabelle s'interroge.
Elle se lasse de cet "adulescent" jaloux et égocentrique, qui pense-t-elle, a certainement inspiré les scénaristes de l'émission "scènes de ménages".
 
Plus loin sur le chemin, Germain l'enlève et la promène sur un coin de ses rêves.
Il lui parle d'elle, des fleurs de la vie à cueillir et de la mer dont il semble être le gardien.
Mirabelle sent déjà les larmes et les pincements dans sa gorge à l'idée de devoir se séparer.
Elle profite du chemin, tellement beau qu'il semble avoir été tracé pour eux.
 
Quelques arbres plus loin, il lui apprend qu'il est aussi père d'une petite fille.
Qui cherche une nouvelle maman.
Alors se disent-ils pourquoi pas?
Mirabelle lui demande de l'attendre là, à la croisé d'un autre chemin, car elle doit d'abord s'écarter de Pascal.
Elle reviendra, chaque jour, lui dire qu'elle l'aime et qu'ils construiront ensemble une chaumière sur la corniche pour leurs deux enfants.
 
C'est Pascal qui n'était pas d'accord.
Un soir, on a retrouvé Mirabelle sans vie au pied de la corniche.
Pascal a craqué devant les policiers et a été condamné  pour ce crime décrit comme passionnel.
 
Pendant tout le procès, son attente et son déroulement, Germain s'est rendu chaque jour sur leur  chemin.
Et chaque jour, il a jeté une fleur du haut de la corniche pour Mirabelle.
Mais il n'a pas fait que cela.
 
Avec le grand-père d'Erwan, il a décidé d'aider ce garçon à grandir.
Pas de titre ou d'alliance définitive, ni parrain, ni tonton de substitution.
Il lui a fait découvrir la mer, la forêt et lui a appris l'altérité et le goût des signaux du monde.
A ce bout de tête en friche, il a accordé ce qu'est l'amour et le respect.
Il lui a fait accepter qu'on peut être l'invité de l'autre pour chaque rencontre et être riche de cela.
Il lui a dit l'océan, la paix et la beauté de sa mère.
 
Germain l'a guidé ainsi sur le chemin de la corniche, bien plus loin que l'endroit où il avait accompagné Mirabelle.
 
Et puis Pascal est sorti de prison.
Sa colère est a demie éteinte.
Pourtant il a changé. Mais il ne sait pas en quoi.
 
Il a souhaité retrouver et exercer ses droits et notament celui de père.
Il a demandé la prise en charge d' Erwan et a tenu a lui rapeller qu'il était sous sa responsabilité légale. 
Au plus profond de lui-même, peut être avait-il envie de réparer.
 
A 13 ans, on a encore pas bien le choix.
Il est partagé entre curiosité, découverte, respect et inquiétude.
Erwan ne souhaite qu'une chose : ne pas être éloigné de la mer.
 
Et puis..... Germain est discrètement  reparti.   
 
Pourtant, Erwan est allé vers ce père en pensant très fort aux chants d'amour et de tolérance de Germain.
Ils se sont découverts, acceptés, pardonnés  et doucement Pascal s'est laissé façonné.
Au détour de leur relation, il découvre son rôle et ses responsabilités de père par et pour  ce jeune garçon dont il lui semblait être l'invité.
 
Eruan lui a montré  le chemin.
Celui de sa mère et de Germain.
Et Pascal  n'est pas resté indifférent.
Son enfant lui a appris, ce soir là, à la croisé d'un chemin,
Le chant d'amour qui fait cligner des yeux d'un  homme. 
 
C'est  dans cet espace tenu où la lumière s'accorde
Où l'on  découvre que c'est le fils qui cré le père .

Publié dans traversées

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