le Balto

Publié le par chervalin

Ils avaient 18 ans lorsqu'ils se sont rencontrés.
Dans un bar.
Pas n'importe quel bar,  le Balto.
Il y a toujours du monde au Balto.
- C'est vraiment top car tu ne peux pas t'ennuyer, ya toujours un pote, une partie de baby ou de flip à partager et des mousses comme s'il en pleuvait. Moi, le Balto c'est mon chez moi. Il y a toujours un mec qui propose un jeu, le salto des sous-verres, l'arrachage de pieds de chaises empilées, le massacre avec une boulette de papier, on rigole, il est deux heures du mat et tu n'as pas vu le temps passer. Et je vous parle pas des soirées de foot sur l'écran vidéo J'vous dis m'sieux, sans le Balto, j'menmerde. 
 
C'est vrai que dis comme ça, avec un regard pétillant de bonheur, on peut le comprendre, Ticlaude.
J'ai un peu vécu ça, il y a un paquet de temps.
La patronne nous permettait d'amener un petit écran de télé et on le posait sur une table de la terrasse. Il y avait des joueurs de 421 qui n'aimaient pas le foot mais qui sortaient nous rejoindre avec leur piste. Ils ne regardaient pas mais c'est là qu'il fallait être. Un troquet c'est une famille et on n'aime pas trop quand la famille s'écarte.
 
C'est là qu'il a rencontré sa potesse Ticlaude.  Elle s'appelle Marielle.
Une greluche qui aimait autant que lui l'ambiance du Balto et sirotait ses bières comme un mec. Cela fait trois ans qu'ils sont ensemble. Ils s'aiment un peu comme cela. Sans trop en faire la démonstration.
Ils ne savent pas où ils en sont.
Si ce n'est à quelles tournées.
Là, c'est pas la même, car faut compter. 
Et guetter le berlurot, celui qui tente d'échapper à la sienne.(de tournée)
 
Leur vie commune est là. Tout le monde les connait, ce sont de sacrés fêtards.
Ils se sont séparés plus de 10 fois.
Et dix fois ils ont fêté leurs retrouvailles au Balto.
 
Un puis un jour, Marielle est enceinte.
Ticlaude est en panique mais fini par lui dire qu'il accepte de le garder et qu'ils se mettront en ménage.
Pour Marielle c'est un déclic énorme.
Pour elle fini le Balto. Elle passe de l'autre côté de l'adolescence et entre dans le monde sérieux de la responsabilité adulte.  Elle se redécouvre des talents et s'étonne d'être demeurée si longtemps avec tous ces poivrots, compagnons d'infortune et de solitude.
Elle ressent qu'elle n'est plus seule avec ce petit qui va naître. Elle retrouve des amies, des cousines et sa mère aussi.
Elle change et se sent prête pour la vie de famille.
 
Pas Ticlaude.
Il veut bien rentrer tous les soirs mais seulement après être passé au Balto.
Très très vite les tensions naissent et les noms d'oiseaux (lesquels d'ailleurs, comme oiseaux ?) sont échangés aussi fréquemment que les tournées de demis.
 
Ticlaude lui déclare que non, il  ne peut pas pour l'instant. Il lui demande d'attendre jusqu'à la naissance. De toutes façons il ne peut rien faire, c'est elle qui doit faire le bébé. Pas lui.
Après juré craché, il restera à la maison et l'aidera à élever le petit.
 
Le Balto est content.
Ticlaude aussi. 
Les promesses n'engagent que......
8 monacos plus loin, il faut songer à rentrer.
Mais Marielle est partie et a laissé un mot sur la table pour l'informer à quelle maternité elle se trouve.
 
Pas mieux.
Il est content d'être père d'une fille mais il est encore plus content d'aller fêter ça au Balto.
S'il est encore ouvert bien sûr.
Oui il l'est, youpi.
 
Il n'a pas pu tenir sa promesse Ticlaude.
Marielle a tenu 5 mois et l'a mis à la porte en lui demandant d'aller se faire soigner.
 
Et Ticlaude me regarde et me raconte qu'il n'est pas malade mais que le Balto c'est chez lui plus que la vie avec Marielle et la petite.
- Je ne sais pas quoi faire. Elle ne fait que m'engueuler que je suis bon à nib, et elle ne me donne rien à faire parce qu'elle n'a pas confiance. Alors je vais au Balto parce que de toutes façon que j'en boive un ou 16 c'est pareil pour elle. Je me fais chier avec elle, j'aime trop m'amuser avec les potes. Elle ne veut pas comprendre alors qu'elle est passée par là elle aussi.
 
Il est perdu Ticlaude car il est devenu accro à un bar dont il ne peut faire le deuil.
Un soir, il décide que ce sera le dernier et qu'il ira retrouver Marielle pour prendre sa place de père.
Il y a des soirs comme ça. Comme par hasard l'ambiance était morose et comme par hasard la mousse était fade.
Trois flips plus loin, il est parti déçu par cette dernière qu'il aurait voulu grandiose.
 
Quand il est revenu, devant le Balto, une heure plus tard, avec la carabine, avec la sourde intention de dégommer la vitrine, voir quelque chose d'autre, ou quelqu'un d'autre, il lui semblait qu'il devenait différent.
Que pour lui aussi, une bascule vers un autre stade s'effectuait.
 
C'est un client qui a réussi à le raisonner et éviter un gros patacaisse.
 
Il est devant moi, triste et atone et doucement me souffle:
-Vous savez m'sieux, je crois bien que le patron du Balto, c'était un peu comme mon père. Je crois que ce jour là, c'est lui que je voulais dégommer. Non pas pour le blé qu'il m'a pompé depuis trois ans, mais parce qu'il m'avait détourné du chemin qui mène à mon père. Car vous savez m'sieux, mon père vient de mourir et ce salopard est parti sans même s'excuser de ce qu'il m'a fait. C'est pareil pour Marielle. Je sais, elle me l'a dit. C'est pour ça qu'on s'est trouvé et que le Balto est un peu devenu notre famille
 
J'laime bien Ticlaude, il comprend vite.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Labaronne 05/03/2013 21:54

je rejoins (tardivement mais je t'avais gardé au chaud) ce qui dit Corinne, j'ai vu ça dans les petites villes où j'ai habité, ça passe plus inaperçu en ville, mais il y a des bistrots, dans
certains quartiers où c'est un style de vie qui ne mène nulle part, mais ça continue quand même

Corinne 27/02/2013 11:53

Des Ti-Claude il y en a plein par chez moi ! Lorsque nous sommes arrivés ici il y a dix ans, nous trouvions sympa cette ambiance dans certains bars, tout le monde se parlait, pas de classe
sociale... Certains sont devenus des copains, nôtre famille leur plaisait (peut-être celle qu'ils n'ont pas eu !)Pour nous c'étais une sortie occasionnelle, surtout en été... Mais pour eux.....
Depuis dix ans nous les voyons se détruire, mourir (eh oui !). Certain(nes) ont des enfants, en dérive... Certain(nes) ont des enfants qui prennent le même chemin, il n'y a même pas de conflit de
génération, ils ont de plus les même dealer, parce qu'en plus de l'alcool il y a la drogue... J'habite pourtant un bourg adorable, trop carte postale peut-être, où la solitude fait que comme tu
l'écris, l'image du père est prise par celui qui remplit les verres !
Amicalement