la troisième victime

Publié le par chervalin

Ils venaient d'Afrique équatoriale.

Ses deux garçons ont été repérés comme jouant très bien au football.

Des recruteurs se sont invités dans la maison et ont commencé à parler d'argent.

Le père ne répondait pas et a différé la réponse.

Il avait sa petite idée.

Plutôt que d'enrichir ces intermédiaires véreux, il décida de s'en occuper lui-même et de partir en Europe.

Il part ainsi avec sa deuxième femme, mère des deux garçons et le petit dernier et laisse la première épouse avec les deux autres garçons et ses trois filles.

 

A peine arrivé en France, Hop, il trouve du travail et dans le même temps inscrit ses deux pépites dans un club local.

Il attend une année et s'ils ont l'honneur des gazettes locales, les recruteurs tardent à s'intéresser de ses rejetons et du pont d'or qu'il projette sur leur gloire.

 

Ils sont excellents ces deux footballeurs mais la concurrence est rude. Les tests qu'ils font pour les sélections sous une pluie glaciale les paralyse (le froid autant que l'enjeu).

Ils se montre fragilous et trop timorés, hésitants et ternes.

Le grand se blesse quelque semaines plus tard et sa saison est râpée.

Le père est déçu.

Très déçu.

Contrit et désappointé.

 

En fait il est très en colère et se montre rageur envers celui là, qui lui a fait perdre son temps et ses rêves d'argent et de gloire. 

Alors le père va adopter une attitude destructrice, il va l'ignorer. Une sorte de reniement de son existence.

Le jeune va devenir une honte, une déjection putride, un rebut.

Il a 18 ans , n'a pas de formation, pas envie d'apprendre, pas envie de travailler autre chose que les passements de jambes.

Cela fait bientôt trois ans qu'il espère, qu'il est poussé et tiré par l'auteur de ses jours vers la réussite.

Il quitte tout, la famille, le foot ingrat et  découvre le commerce illicite assez rentable ma foi, qui lui permet de faire la nique à ce monde injuste.

 

Le père se tourne désormais sur le cadet.

Même pression, même engouement, mêmes espoirs délirants d'en faire un  footballeur professionnel.

Hélas pas mieux.

Son rejeton brille en été mais devient atone et transi l'hiver.

Le climat sans doute.

La pression peut être!

Il grelotte sous la pluie et prend froid sur le banc de touche.

La perle se terni rapidement et le père fatigue d'attendre. 

 

Sa colère se tourne vers sa femme.

Et bien qu'elle se débrouille avec ces deux incapables.

C'est décidé il retourne en Afrique s'occuper de ses autres enfants.

Il les abandonne là, ceux là. Ces empêcheurs de rêver en rond ou plutôt en argent.

Que vouliez vous qu'il arrive d'autre.

Le sentiment d'abandon, l'échec, la culpabilité, l'argent envolé, l'isolement social et culturel, la disette financière et j'en passe.

 

Il fallait trouver vite de l'argent.

Pour la mère surtout.

 

La troisième victime de cette illusion.

Arrachée à ses filles, sa famille, sa culture,  s'exprimant peu en français, courant de nettoyages d'entreprises en ménages chez le particulier.

Elle ignore tout du football, de ses engouements et de ses turpitudes.

Elle regarde chaque année le père retourner de plus en plus longtemps en Afrique, lui annoncer à son retour,  les nouvelles naissances des autres épouses,  ses petits enfants, la mort de son père.

Souvent elle pleure.

Des larmes énormes, comme celles qu'elle verse actuellement. Des larmes qui tardent à glisser, comme pour montrer combien elles sont chargées de tristesse et de désespoir.

Des larmes comme des billes qui explosent sur le revers de sa main brunie.

Elle ne hocquette pas, ne renifle pas, elle ne chouine pas.

Elle pleure.

 

Elle trimballe le petit dernier dans son dos. Cela fait sourire les passants.

Elle se promène multicolore. Elle dit l'orgueil du père, le mépris des employeurs, elle dit l'hypocrisie de l'hospitalité française.

Elle parle de son pays, de l'espoir de son peuple, de sagesse et de la solidarité.

Elle confie qu'elle ne comprend pas les mots égoïsme et colère.

 

Les gens la trouvent sage et décalée.

Elle est aimée, et plainte aussi, de ses voisins qui compatissent.

-Elle en bave avec ses garçons. La pôv' toute seule! Ils lui en font voir!!

Mais que voulez vous!!!

 

Le cadet s'encanaille vite, sans repères autre que l'indifférence parentale et les idées sombres des copains de galère.

Il faut aider sa mère. Il ne pourra pas partir en la laissant comme cela.

 

Il y a eu cette idée de braquer ce magasin isolé et puis cet autre car dans le premier il n'y avait pas grand chose.

Et puis deux ou trois autres avant le dernier où malheureusement il y avait ce vigile.

 

Il a appris plus tard que c'était un gars de son pays.

Ce dernier est maintenant dans le coma.

Un gars comme lui, un déçu des espoirs paternels que le tripotage du ballon devait envoyer au firmament.

Certainement.

 

Sa mère est venue une fois le voir au parloir.

Mais que lui dire ?

 

 

Publié dans adolescences

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