La salle d'attente

Publié le par chervalin

L'oral aux Assises c'est pas simple.

C'est vrai que l'on peut s'autoriser à penser que ce gredin là, mériterait assez une sanction qui l'écarterait du monde social  pendant un paquet d'années.

On est tenté.

On lit et relit notre moniteur écrit résumant le parcours de cet individu et on se sent un peu seul dans cette salle d'attente réservée aux experts.

Je me demande si je vais improviser sur mes notes ou si je vais me contenter de lire le bref résumé.

J'hésite à chaque fois.

et à chaque fois, je flippe.

C'est pas rien une Cour d'assises.

Toutes  ces personnes devant vous qui vous regarde.

Et toutes celles derrière qui vous écoutent.

Je n'y suis encore pas.

Cela fait bientôt une heure que j'attends.

Ce que j'ai à dire, je le sais. Ce que j'ignore c'est les réponses aux questions qui me seront posées.

C'est pernicieux les questions car elles ne  sont jamais anodines.

Les avocats de la défense, de la partie civile, le Procureur ou le Président n'ont pas la même démarche. 

Et il y a cette attente, seul, alors que dans l'immense salle, à coté se disent des choses que vous ignorez..

Pernicieuse aussi car elle vous fait douter.

Ce père que vous n'avez pu joindre et sur lequel vous avez construit votre hypothèse sera t-il présent? Cette mère qui ne cessait de répéter "il est gentil mon fils", ces amis un rien taiseux, méfiants, ces cousins solidaires, cette soeur terrorisée, ce voisin exaspéré, ces éducs de rue ou de CER atterrés, cette épouse meurtrie.

On ne fait pas le malin.

Et puis il y aura l'auteur, placé sur votre gauche qui regardera ses pieds mais qui vous écoutera pathétiquement désespéré. Il sait, lui, l'acte.

Il ignore le ou les pourquoi.

Il attend aussi les paroles qui parfois révèlent ou volent dans le cerveau et disparaissent tant elles sont impossibles à admettre.

Pour se protéger de l'angoisse .

Et des larmes aussi. 

Et puis ses avocats qui guetteront vos oublis. Ceux sur lesquels ils s'appuient pour leurs mémoires et leur plaidoiries.

Et puis aussi les victimes qui attendent des explications sur les raisons de tout cela.

Et puis enfin l'huissier, qui vient vous chercher et tente de vous rassurer comme quoi tout va bien se passer.

Hé quoi, je ne vais pas à l'abattoir.

Et puis on rentre sur le côté. La salle est immense et comble.

Silencieuse.

On vous attend.

De pied ferme.

Alors on affronte.

C'est un moment jouissif et libérateur, celui de l'accès à la parole.

Alors je parle, je raconte une vie, un malheur et un dysfonctionnement social et familial.

J'ai souvent l'impression de répéter.

En fin de compte c'est facile de répondre aux questions. Il y a cette vague impression de déjà vu, de fracture transgénérationnelle, de place parentale délaissée, de désespérance.

J'aime bien ce mot désespérance. Il dit qu'il n'y a plus beaucoup de croyances en l'avenir et en  ce qu'à construit la génération précédente.

Je me sens responsable aussi.

C'est peut être aussi pour cela que je flippais dans cette salle d'attente.

J'ai l'impression que c'était,  il y a bien longtemps.

Je crois que je veux oublier.

 

 

Publié dans agacements

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Corinne 21/09/2012 23:11

Désespérance quelle triste mot, comme un fin de tout, une mort ! Espérance est si beau, c'est l'un de mes mots préférés comme quoi deux lettres bien banales viennent (dé) viennent gâcher des
générations entières alors que peut-être l'ascendance a fait le meilleurs pour ceux à venir ! Tu m'étonnes que tu veuilles oublier !
Amicalement

chervalin 22/09/2012 13:29



Comme tu as raison le mot espérance est un des plus beau.


mais pourquoi donc, je  ne le rencontre pas plus souvent.


Vivement la retraite tiens.


Amitiés