La cible

Publié le par lesdesnoueurs.over-blog.com

La cible

 

« C' est une malade, c'est de sa faute à elle!! Elle est irrécupérable, je n'y suis pour rien!! Pour rien du tout!! »

Madame Fernande m'appelait plusieurs fois par semaine et ressassait cette litanie. Plus qu'une litanie, un cri, qu'elle voulait entrer de force dans ma conviction. Elle aurait voulu que je le répète avec elle, à son unisson, que je le gueule sur ma montagne autant qu'elle le lamente face à la mer.

 

Madame Fernande est une personne âgée de 70 ans environ, elle me téléphone de l'autre bout de la France, dans ce bocage que l'on imagine, verdoyant, riche et gras. Dans cette grande masure vide, elle occupe la cuisine et sa chambre attenante, mais elle occupe surtout le pavé de sa cour qui s'offre au spectacle du village, dont elle ne manque pas un commérage.

Madame Fernande est épaisse, joviale et quelque peu craint de ses voisines. Car sa verve et son ton impératif emporte tout y compris toutes considérations envers ses rabatteuses de ragots.

Madame Fernande est méchante.

 

Tout le temps.

Elle a eu un mari. Un marin. .Présent deux mois par an dans le foyer et qui lui a fait 3 enfants. Un personnage décrit comme doux et gentil.

Brave, dit-on par là bas. Il se fichait de la maisonnée y compris de ce que pouvait manigancer son épouse..... Si elle savait......

D'ailleurs , elle savait, mais n'avait guère le choix. Ce sombre individu lui avait apporté un toit et subvenait financièrement à son entretien.

Quand il rentrait, il faisait sauter ,comme on dit, les enfants sur ses genoux et s'enfilait rapidement vers le café pour raconter ses exploits aux vieux compères de bordées.

Cela n'a pas durée. Son bateau à coulé.

Madame Fernande n'a guère versé de larmes. C'est une maîtresse femme, solide, ferme et forte. Une femme de marin, sait que ces choses peuvent arriver, elle s'y était préparé. D'aucunes médisent par ailleurs, que cette situation fut pour elle, un honneur et une fierté. Ah veuve d'un marin disparu! Car elle ne manquait pas de le ressasser à qui voulait la contredire.

C'était ses galons à elle.

 

Trois enfants.

Dont un fils!!!

Bernard....Son Bernard, comme ils disent dans le village.

Son honneur, sa vie, ses yeux, sa prunelle, son ventre, tout, tout, tout, lui, lui, lui!!!!

L'enfant roi. Sa chose, sa propriété, son honneur.

Le seul dont elle avait la certitude qu'il n'était pas du père.

Rien de lui.

Oh il devait un brin s'en douter, ma foi, qu'importe, il s'en fichait.

 

Et deux filles.

L'aînée, Bernadette, gamine quelconque, docile et serviable, avait vite compris qu'elle devait composer avec ce nom ridicule, qu'elle vivait comme une punition de n'avoir pas été le garçon tant attendu. Bernadette s'est fait transparente, promise à la lente attente d'un prince charmant, cueilli dans l'après coup du bal des pompiers.

Et sa cadette, Monique, que tout le monde appelait Mimi.

 

Bernadette ne comprenait pas pourquoi Mimi tentait de résister à sa mère. Mimi était tout le contraire d'elle, vive intelligente, revêche et espiègle.

Tout ce que ne supportait pas Fernande.

Alors elle frappait.

Par conviction, sure d'elle de l'efficacité des coups sur cette chipie qui n'aurait jamais due venir au monde.

D'ailleurs elle lui répétait régulièrement.

 

Afin qu'elle le sache et qu'elle aille mourir si elle le voulait cette teigne incontrôlable qui avait le diable dans la tête.

- Ah ma pauvre dame, qu'est ce qu'elle m'en fait voir, si vous saviez, tout le mal que je me donne pour elle... Et elle , non mais regardez là, elle va me faire mourir, je me saigne pour elle et sa reconnaissance, c'est de me répondre. Heureusement que j'ai mon Bernard

- Ah oui, vous avez bien raison, vot' Bernard , c'est vraiment un gentil garçon

- Je ne vous le fait pas dire....

 

Et si, bien sur que si, elle le fait dire.

 

Mimi n'est pas la bien venue, elle n'est pas la bien née.

- Mais elle est là, faut faire avec, c'est une épreuve que nous envoie notre seigneur, qui m'a déjà bien marqué avec le décès de mon mari.

  • M'en parlez pas Madame Fernande

  • Que voulez vous....

 

Les enfants grandissent.

Sans vacances.

Sauf Bernard, qui partait avec sa mère chez une cousine dans le sud pendant une quinzaine de jours. Préférence qui aurait pu fomenter de la jalousie, certes, mais qui apportait au contraire un air de liberté et de repos.

 

Quinze jours sans claques pour Mimi et d'existence pour Bernadette.

 

Mimi en voulait à son père de n'avoir pas été suffisamment là (il la supportait que deux mois lui, nous c'était tout le temps) puis de disparaître.

Elle lui en voulait de la laisser seule pour se défendre de cette génitrice, incapable de pouvoir être maman en dehors de son Bernard.

Parfois, quand elle la regardait câliner son frère, celle ci s'en apercevait et l'appelait pour avoir sa part de tendresse.

Mais Mimi s'éloignait, devinant l'hypocrisie.

 

Paradoxalement les deux sœurs n'en voulaient pas à leur petit frère. Il était vraiment adorable et arrivait à leur confier qu'il étouffait et prenait plaisir en leur compagnie.

Bernard n'était pas fourbe, il ne les trahissait jamais.

 

Mimi s'émancipe de la tutelle matricide en entrant au collège où elle est interne.

C'est un élève agréable, brillante et douée.

Elle sait se montrer aimable et construit des amitiés sans difficultés. Ses bons résultats laissent sa mère de marbre, mais la violence a cessé.

Madame Fernande ne bénéficie pas du même respect dans ce collège éloigné que dans l'école du village.

 

Pourtant l'adolescente va entrer dans une dynamique qu'elle ne va plus pouvoir contrôler.

 

Mimi va se créer un beau tableau familial. Celui qu'elle a souvent rêvé dans l'écran noir de ses solitudes et celui si beau, qu'il serait dommage de ne pas le partager.

 

Mimi va entrer dans une histoire. Celle de ses rêves et de ses espoirs et va la faire partager avec ses voisines de chambrée, ses voisines de cantine, ses voisines de classe.

Progressivement elle va fusionner le rêve et la réalité, et s'enfermer dans une mécanique complexe où sa capacité à improviser un mensonge demeurera sa préoccupation première.

 

Son cerveau va s'organiser pour couvrir et justifier ses improvisations et va masquer son organisation folle derrière le paravent de l'élève brillante.

 

Puis il va perdre le contrôle de la limite et la double existence de Mimi va se con fusionner.

Elle sera pris plusieurs fois en flagrant délit de mensonges, ses amies, des professeurs, oui, mais surtout sa mère, qui va ré-attaquer son enfant :

-Elle se veut supérieure, elle ment, raconte n'importe quoi, vous voyez, c'est pas l'enfance qu'elle a eu, c'est en elle....

 

Un drame va venir occulter provisoirement l'attention de Madame Fernande et lui faire perdre de vue « la Mimi ».(Car on dit « la » Mimi comme on dirait « Le » problème.)

 

Bernard, ne va pas bien. Il traverse des épisodes dépressifs à l'aube de son passage à l'âge adulte et Fernande est préoccupée et bien malheureuse. Pourtant, elle fait tout, lui donne tout, le couve, le sur couve, le protège aussi des créatures qui pourraient lui subtiliser son garçon, elle le bichonne, elle l'aime comme une louve quoi!

 

Mais il fait peine son chérubin, chétif, maladif, geignard, c'est loin d'être l'homme qu'il devrait être. Terne, sans allant, ni discussion, il n'a guère le profil des gens de la mer, la peau tannée, les mains solides et le menton haut.

Les voisines commèrent à tout va sur ce mignon, mais les discussions cessent si par aventure, la Fernande paraît.

 

Mimi fuit le domicile familial , séduit un beau militaire, qu'elle suit docile, dans les aléas des affectations.

Elle coupe dès lors les ponts avec la famille pour s'en fabriquer une autre.

Elle construit sans mal et par habitude une histoire familiale enjolivée à son concubin, élaborant des stratégies sans fins pour éloigner sa curiosité.

 

Elle met au monde deux enfants, elle a un emploi de secrétaire bilingue et circule habilement entre ses deux mondes, deux colocataires de sa pensée perturbée.

 

Sa sœur la retrouve dix années plus tard et lui annonce le décès par suicide de leur frère Bernard.

Mimi hésite, mais cède sous la pression de son concubin qui ne comprend pas trop pourquoi , ce garçon, marin dans la marine marchande qui avait disparu il y a 15 ans, meurt à nouveau dans un petit village normand.

La confiance s'écaille une nouvelle fois et son mari commence a fatiguer de ses manigances.

Déjà l'an passé, elle a du essuyer une première dérouillée. Il pensait qu'elle avait compris et qu'elle devait arrêter de lui conter des salades.

D'autres coups ont suivi, plus par lassitude que par correction. Il l'avait envoyé se faire soigner, mais envisageait plutôt de se séparer.

 

La famille se rend chez Fernande qui les accueille à bras ouverts. Elle a des choses à leur dire, mais pas au téléphone.

 

Erreur !

 

Un gendre Oh.....

Et un petit garçon, Bruno, quel beau prénom, cela commence comme mon pauvre Bernard ...Oh......

Pas un regard pour sa fille ni pour sa désormais petite fille Charlotte.

Quantités à jamais négligeable, à ses yeux, les femelles familiales seront impies.

 

Fernande redouble d'attention pour ses nouveaux mâles.

Que dis je, redouble, se donne servilement à tous leurs regards. Elle occupe le devant de leurs champs de vision, ne laisse à personne le soin de paraître, elle est le gros plan, incontournable et enfermant, fatigant et étouffant.

 

Elle est leur pensée unique.

C'est certainement de cela qu'est décédé son Bernard.

 

-Promis, on ne se quitte plus. Maintenant que je vous ai, alors que je suis seule sans plus mon Bernard, je ne vous lâche plus et tout ce que j'ai et possède sera pour vous.

 

C'est terrible d'entendre cela, pour un militaire qui pleure sur sa solde et qui de surcroit apprécie jouer au poker, sans pouvoir équilibrer son passif.

 

Elle est maline Fernande et sait acheter les faibles.

 

Elle a deviné cela à l'état de la voiture, visiblement fatiguée et celle des souliers du garçon.

Car elle est observatrice. Sa génération sait lire les détails d'apparence anodins, mais attache de l'importance aux choses essentielles que sont l'attachement à la terre et donc aux bonnes chaussures.

-Les chaussures c'est la base de tout!

 

Tout ce que j'ai, est à vous, sous entend nettement « Vous êtes à moi. A ma merci ! »

 

Madame Fernande entend finir le boulot.

 

Le boulot est celui du transfert de culpabilité du décès de Bernard sur Mimi.

 

Tout est de sa faute après tout, c'est elle qui nous a abandonné, ne nous a pas aidé à sortir ce pauvre garçon de l'embarras. Évidemment elle est trop fière et trop hautaine pour s'occuper des autres, de ceux qui lui ont tout donné...

Attends...... Ingrate..... Tu vas payer......

 

Le boulot est celle de la destruction de Mimi.

Rien de moins !

Ah tu vas voir, sale menteuse née.

 

Ils étaient venus pour deux ou trois jours, ils sont restés dix jours.

Du coup, le militaire a tout appris et ne s'est guère fâché contre Mimi.

Intéressé par le beau patrimoine, le militaire rêvait .

 

Pensez, une immense ferme, des dépendance, des terres, (constructibles en plus), un grand hangar sur le port, (et même un bateau dedans), des bois dans l'arrière pays, des bâtiments commerciaux loués, et l'héritage à venir de la sœur de Fernande sans héritier.

 

Il n'était plus question de séparation.

Mais de mariage.

Et tout de suite.

-Hein ma chérie ?

 

Mimi savait qu'elle était piégée par le pardon de ses mensonges. Mais en était ce des mensonges ?

Mimi voletait avec tant d'aisance dans le paysage qu'avait construit son cerveau qu'elle ne savait plus où se situait la vérité, la réalité, sa personnalité et tout ce à quoi elle se raccrochait.

Pour la première fois,   Mimi s'interrogeât sur sa folie.

Toutes ses stratégies avaient pas mal marché hors quelques gifles, elle s'en était toujours tirée.

Mais là, elle ne voyait pas.

Elle paniquait.

 

Décidément sa mère est très forte. Mimi n'est pas en phase avec l'idée de gestion immédiate.

 

Elle a toute sa vie été confrontée à la perspective et à l'élaboration compliquée de scénarios imbriqués qui lui permettaient d'être une extraordinaire improvisatrice.

 

Ainsi, Mimi est constamment dans le futur , dans la distance. Elle réside dans un espace qui dépasse l'instant. Elle demeure dans une vision .

Et c'est dur pour Mimi de se raccrocher violemment à son histoire en revivant la relation avec une mère destructrice.

 

Elle doute, que faire.

Tout d'abord fuir, fuir d'ici, fuir le projet de son mari, mais....

Demeure ses enfants. Pas question de les laisser en pâture à cette araignée. Vite déchirer les fils de sa toile. Il faut qu'ils repartent avec moi.

10 jours. C'est un peu long. Avec l'autre qui minaude avec moi et fait le beau gendre avec sa proie.

 

Mimi se rassure et s'autorise à penser que sa mère veut simplement remplacer son Bernard.

-Et bien qu'elle le prenne! Je m'en fiche de ses trésors. Tout disparaîtra dans le jeu. Elle ne se fait pas d'illusion sur les intentions de son « futur » époux.

 

Pourtant Mimi doute.

Pour casser ce doute et sa désespérance, Mimi commence à boire..

Et pas qu'un peu.

 

Elle avait pris assidument l'habitude d'altérer sciemment la vérité, de l'enjoliver, de la connecter avec un monde meilleur. Un monde qu'elle maîtrise, qu'elle contrôle, un monde où elle existe. Un monde où elle s'est née.

 

Car Fernande lui a trop souvent dit qu'elle n'était pas désirée, qu'elle devait retourner dans les limbes de la nuit d'où elle n'aurait jamais du sortir.

 

De fait, Mimi n'avait pas su se faire d'amitiés durables. Condescendante et dédaigneuse, incompréhensible, ceux et celles qui l'ont abordé se sont éloignés d'elle car ils n'arrivaient pas à la situer, à la cerner. Déconcertés par ses déclarations et ses mensonges, ils préféraient s'en éloigner.

 

Mimi se recroquevillait dans son espace.

Elle y trouvait un refuge. Car c'est un espace de liberté où tout s'invente , y compris une identité narcissique. Pour faire exister cette identité, il lui restait à y faire entrer des personnages réels et les faire participer.

Son militaire dira:

-Quand je l'ai connu , sa mère était une grande chirurgienne Autrichienne qui était partie aux antipodes et son père était ambassadeur dans un pays africain, assassiné dans un putsch., sa sœur était entrée dans un ordre religieux et son frère était un marin.

 

Les enfants grandissent et lui échappent doucement.

L'alcool l'aveugle et elle se soumet au projet de destruction de sa mère en résistant un petit peu.

Elle refuse de se marier et de se rendre aux réunions familiales que propose avec insistance Fernande.

Son militaire lui consent à s'y rendre avec les enfants.

Mais madame Fernande n'est pas dupe de ses desseins. C'est même elle qui les a insinué.

Elle décide de changer de tactique et de s'intéresser plus activement à ses petits enfants.

Exit le militaire, incapable de mater sa fille, elle va travailler au corps la progéniture.

 

Ce fut long car pendant plusieurs années elle fut, malade et davantage préoccupée par sa survie.

 

Pendant ce temps, Mimi est séparée, les enfants résident chez leur père. Elle stagne de son coté dans un logement qu'elle transforme doucement en taudis. Elle n'a plus d'emploi.

 

Pourtant, sa réussite provoquait quelques envies.  Belle femme, adepte du tennis et inscrite au club local de remise en forme, sa réussite avait fixé son militaire qui voyait avec un brin de rancœur, ses promotions s'envoler.

Et la voilà, affaiblie par l'anorexie qui la gagne, incapable de penser le monde social, usant de l'humour pour se sortir de situations pénibles et vagissant lamentable, dans un logement insalubre que quelques chats visitent et squattent à l'occasion.

Abandonnée de tous, Mimi est une épave.

Même ses enfants ne la fréquentent plus.

Une ordonnance JAF, place Charlotte dans une famille d'accueil. Mais sa grand mère intervient et décide de s'en occuper.

 

Charlotte est circonspecte car sa grand mère lui a montré davantage de morgue et de distance que d'attention. Elle a toutefois appris que Fernande avait fait parvenir un chèque conséquent à son père lors de la séparation afin qu'il puisse leur trouver un toit.

Alors ma foi, plutôt qu'une famille d'accueil, pourquoi pas cette grande maison. Et cette mémé argentée.

Charlotte y restera quelques mois. Elle est paradoxalement restée en lien avec sa mère car son frère, resté non loin d'elle lui narre avec force dégout les aventures clochardesques de leur génitrice.

 

L'effet est inverse, Charlotte ressent le besoin de revenir l'aider. Sa grand mère l'en dissuade, la freine et lui fait une montagne de promesses et de mamours afin quelle reste. Charlotte ne saisit pas pourquoi Fernande agit avec tant de haine contre sa fille.

Elle fait le lien avec elle et se dit que sa mère était en souffrance certes, mais qu'elle n'avait jamais agit contre elle.

 

Alors Charlotte s'oppose à sa grand mère, et veut des explications. Elle ne les obtiendra pas aussi facilement, elle est contrainte à user de violences pour éclairer sa lanterne. Elle pense avoir gagné lorsque celle ci lui propose de s'assoir et de discuter calmement, mais Fernande tente à nouveau de la dresser contre sa mère et Charlotte part en claquant la porte non sans avoir au passage pris l'argent nécessaire à son voyage dans le portefeuille de Fernande.

 

Charlotte trouve refuge chez sa mère avec le fol espoir de la sortir de sa clochardisation. Elle sonne les assistantes sociales, les aides, l'ANPE et autres connaissances.

Elle s'épuise car malgré ses efforts pour entretenir le logement elle se trouve face à une personnalité complètement dérangée. Pourtant Mimi fait encore un peu illusion et tente de faire face. Mais elle demeure de plus en plus dans son monde et Charlotte n'arrive pas à la reconnecter avec la réalité.

Il n'y a guère d'issue que l'hospitalisation en Hôpital Psychiatrique, mais pour l'heure Charlotte hésite.

 

Car Charlotte fréquente et a même un petit ami qui a une bonne situation et il serait inconvenant de lui présenter sa mère soit en l'état soit en HP.

Ce qu'ignore pour l'instant Charlotte c'est que ce petit ami est également souteneur à ses heures perdues (ou gagnées) et connaît parfaitement sa situation et attend seulement que sa conquête le supplie.

Hélas pour ce dernier Charlotte est enceinte et souhaite garder l'enfant. Le gigolo s'enfuit et laisse la bonne affaire en l'état.

 

Mimi s'autorise une passion immodérée pour les chats errants. Elle les accueille sans trop mesurer qu'ils n'ont rien de chats malheureux et ont presque tous un toit ou un refuge affectueux. Pourtant ils passent chez elle, s'y reposent sur toutes les places disponibles (lit, fauteuil table et chaise de la cuisine et autres intérieur d'armoire) et ce quelque soit leur état. Ils ne sont pas si nombreux mais ils utilisent tous le taudis de Mimi comme un paillasson, sas indispensable avant de regagner leur pénates.

 

Les mois passent, le ventre de Charlotte grossi. Elle met au monde un bébé. C'est un garçon qu'elle prénomme Charles. Son géniteur ne le reconnaît pas mais vient toutefois le voir à la maternité. 

»Elle sera bientôt prête »

Il ne s'était pas trompé, Charlotte ne tarde pas à lui demander de l'aide. Il ne veux pas du bébé.

Charlotte accepte un job qu'il lui procure d'abord comme serveuse dans un bar de nuit, puis rapidement comme « hôtesse ».

Elle confie l'enfant à sa mère car elle travaille toute la nuit. La journée elle utilise la seule chambre disponible dans l'appartement de sa mère. Charles lui a élu domicile dans son couffin qu'il ne quittera guère.

Le couffin est à l'image de son environnement et devient aussi insalubre et insane. Charles ne peut que supporter la vermine qui vient lui disputer la cendre de cigarette , les poils de chats et les tâches de bière.

Il n'aura vécu que deux mois.

Décédé de malnutrition. Il est mort de faim

 

C'est Fernande qui est venue de sa Normandie pour organiser et régler les obsèques.

Elle est bavarde Fernande, elle ne cesse de dire et de redire aux services sociaux, aux enquêteurs judiciaire, combien elle a tenté d'aider cette petite, qui n'en faisait qu'à sa tête, mais vous comprenez, à mon âge, et si loin, je ne peux pas tout faire et........

Et les gendarmes de la supplier de se taire, de les laisser organiser leur travail, qu'ils avaient bien entendu qu'elle n'y était pour rien, que sa fille est une menteuse et une souillon, oui, oui, certes!

 

-Nous prenons acte , Madame, vous pouvez retourner chez vous. Sachez que votre fille est mise en examen pour infanticide.

 

 

Épilogue:

 

« C' est une malade, c'est de sa faute à elle!! Elle est irrécupérable, je n'y suis pour rien!! Pour rien du tout!! »

Au delà du discours, on devine le sourire de satisfaction du devoir accompli. Le processus de destruction de sa fille arrive à sa fin et c'est la justice qui va le réaliser. La dé-construction est une œuvre lente et patiente, mais quel bonheur, une fois la mission achevée.

Elle peut, en laissant sa fille aux mains de ses bourreaux se présenter devant son juge à elle, l'esprit apaisé d'être une bonne mère, une bonne, très bonne même, grand mère et de ne regretter de n'avoir pu être une arrière grand mère.

Ce sont les juges qui diront qu'elle est ma souffrance maintenant et combien je suis à plaindre.

 

Fernande s'est portée partie civile, contre sa fille , pour pouvoir aller raconter sa croix.

 

Mais un procès c'est parfois un peu long à attendre.

Son cœur s'est arrêté avant.

Elle a destiné l'ensemble de ses biens à Bruno, son petit fils.

 

 

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