L'espace bleu entre les nuages.

Publié le par chervalin

Il est encore un peu abasourdi.

Tente un sourire mais n'y arrive pas.

Il est dans un espace où il ne sait pas s'il doit montrer qu'il est heureux ou désespéré.

Il vient d'avoir la visite de ses trois enfants. Trois petites filles dont la plus âgée à 10 ans.

Deux ans qu'il ne les avait pas vu, ni entendu, ni cajolé.

Alors pour ces vacances même pour 4 jours, chez une amie, c'est  le bonheur.

 

Alors pourquoi la désespérance parce qu'elles vont repartir ?

Pas seulement.

 

Leur maman, vient de se convertir à l'islam.

Elle s'est laissée convaincre et enrôlée par les fondamentalistes salafistes.

C'est la branche la plus radicale et la plus contraignante pour les femmes.

(Peuvent-elles être encore nommées ainsi ?)

Celle des Talibans, du niquad, des interdits dont la liste dépasse celle de ce qui est permis.(par l'homme) 

 

C'est le chemin qu'elle s'est choisi.

Une forme d'abandon à la soumission d'autrui.

Une démarche personnelle qui regarde son histoire.

Une auto destruction de son auto détermination.

Un paradoxe.

Mais qui va regarder maintenant ses enfants. 

 

 

Il ne nous appartient pas de juger sa décision, ni même de commenter cette croyance religieuse qui, en occident pourrait être assimilée à une secte.

 

Mais il y a ce père et il y a ces trois fillettes.

Il devine que cela va être difficile d'éloigner ses filles de l'éducation enfermante de la doctrine salafiste. 

Il comprend aussi que sans emploi, sans entrée d'argent, sans logement salubre, il ne pourra pas les sauvegarder d'un conditionnement déjà bien ancré. 

 

Alors il profite de leurs présences et tente de distiller tout l'amour dont il est capable pour qu'un jour elles se rappellent cette liberté.

Il sait quel sera leur sort, quel sera leur non-vie.

Car, pour l'instant, il ne peut rien faire ni exiger.

Ses enfants sont parfaitement éduquées, scolarisées, matériellement, financièrement et affectivement cadrées par leur mère.

Epanouies.

Même si la grande porte déjà le foulard. 

 

Voilà sa désespérance.

Et voilà aussi son impatience, sa colère, sa tolérance, son envie de tuer, sa douceur, sa violence, ses larmes, ses poings fermés, son espoir, sa méfiance en ce juge, qui semble ne pas l'avoir entendu, ni vu.

 

D'ailleurs y était-il, caché au fin fond de ses pourquoi, de ces paroles qu'elle lui a dites, il y a 2 ans lorsqu'elle est partie. Tout de noir vêtue, lui interdisant de la regarder et de lui adresser la parole hors de la présence de son, déjà et désormais, mari.  

 

Dans désespérance on entend  les mots  désespoir et errance.  

C'est là qu'il est.

Alors, dans un geste furtif, il happe au passage la plus petite de ses filles, la propulse dans les airs et elle retombe en riant dans ses bras, tentant de deviner dans cet échange si un bonbon n'est pas caché dans sa poche.  

 

Il voudrait toujours pouvoir envoyer ces filles dans les airs, dans l'espace et la liberté, les lançant pour de rire, dans un ciel bleu.

Dans ce bout d'espace bleu entre les nuages.

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Bé@ 01/02/2012 11:37

Bonjour,

Merci encore pour cette écoute.
Il ne s'agit pas d'une résidence partagée. La juge a décidé de donner la garde de nos enfants au père car 1) les enfants ont été entendus et y étaient favorables (bien travaillés dans ce sens en ma
présence : choix d'un apartement sympa en plein centre ville, proche des magasins qu'ils aiment, de l'animation, TV grand écran et j'en passe). Le père leur a dit, bien avant notre séparation,
qu'ils habiteraient chez lui et il est devenu tout gentil avec eux. Il leur a fait croire (ils en sont encore persuadés) que je voulais les éloigner à tout jamais de lui et m'a présenté comme
quelqu'un qui les haïssait. Un comble ! Mais ça a marché comme il l'a souhaité. Il m'a présentée comme hystérique, trop près de mes enfants, etc, et même violente, tout en niant sa propre
violence.

Moralité, j'ai doit de visite un w-e. sur deux et moitié des vacances. Je dois dire que ces moments sont d'autant plus intenses en bonheur qu'ils sont rares. Mais au tout début, Thomas me tapait
dessus et pareil sur son frère (qui avait été sa "victime" en plus de celle de son père). Le père avait réussi à faire croire (avec de grands moyens) que je le détestais. Sympa, non ?

Pas simple.

Bien sûr, je ne dois pas baisser les bras. Vous avez raison. Le fait de signaler la dernière violence à la Juge a déjà permis au père de voir que je réagissais puisqu'il a été entendu par la
Police, même si je n'ai pas porté plainte. Je suis persuadée que si je le faisais, mes enfants m'en voudraient et c'est pourquoi je ne le fais pas. Ils ont beau essuyer des brutalités, ils
protègent en quelque sorte leur père. Et cela semble leur convenir, après coup.

Ceci étant, une autre violence est là : celle des mots et celle de la situation. Le père ne veut toujours pas me répondre au téléphone (après 4 ans de séparation) ni m'ouvrir la porte lorsque je
viens chercher mes enfants (à présent je les attends dans la voiture). Il m'en veut encore d'avoir demandé le divorce et surtout d'avoir dit ce qui s'était passé (qu'il a nié).

Je sais que le temps va leur ouvrir les yeux, en tout cas je l'espère, même s'ils s'aperçoivent de qui est, en réalité, leur père, et de ce qu'il a été capable de faire, sur eux notamment, pour se
protéger lui-même.

J'ai fait bien des cauchemars et j'ai évité les antidépresseurs prescrits grâce à ma famille, à mes amis (et au magnésium - véridique). Mes enfants sont toujours en vie et moi aussi. J'espère juste
que leur décérébration par leur nihiliste de père n'aura pas trop de conséquences sur leur avenir.

Je voulais juste écrire 3 mots et je me suis laissée emporter, excusez-moi.


Béa

Bé@ 30/01/2012 10:55

Merci infiniment, "Chervalin", de m'avoir répondu, qui plus est avec une belle écoute et force détails.

Le "collage" serait responsable de l'attitude provocatrice de Thomas envers son père, d'après vous. Le fait que le père réagissait déjà ainsi avant la séparation ne peut-il indiquer qu'il s'agit
juste de la continuation de son attitude ?
C'est difficile de se mettre à la place des enfants. Lorsque Thomas m'a téléphoné en pleurs le soir où il s'est fait taper par son père, j'ai réfréné mes élans car une mère sent une déchirure
intérieure tellement forte dans ces cas-là. Ne pas pouvoir être là pour l'aider est difficilement supportable, mais j'ai appris à prendre de la distance. Peut-être même trop...

Pourtant, Thomas a 16 ans. Il est grand mais pas encore vraiment mature. Il ne veut pas appeler la police lorsqu'un événement comme ça arrive. Ni en parler à la Juge (il l'avait déjà fait). Son
frère a 15 ans et supporte les violences avec plus de philosophie (il trouve "normal", par exemple, que son père le lance du haut de l'escalier lorsqu'il est énervé. Pour lui, ce n'est pas de la
violence).

Je ne veux pas échanger les mode de garde puisque celui-ci convient à mes enfants (proximité de leurs amis, centre ville...) qui l'ont même souhaité et parce qu'ils sont grands et plus à même de se
défendre (quoi que le père est très "barraqué"). J'ai déjà proposé à Thomas qu'il écrive à la Juge pour enfants, mais il dit que cela ne servirait à rien. Je me dis qu'il accepte donc lui aussi la
situation. De toute façon, il risque d'être "remonté" contre un nouvel intervenant socio-éducatif dans la mesure où celui qui était là avant ne l'avait pas aidé, bien au contraire.

Ainsi, le fait d'échanger avec vous m'ouvre les yeux : il n'y a pas grand chose à faire qu'espérer que le père se calme ou juste ne pas y penser. Arrêter de penser qu'un geste mal calculé de la
part du père peut anihiler la vie d'un de mes fils (par 2 fois, lorsque nous habitions ensemble, le pire avait failli arriver à quelques centimètres près). Me boucher les oreilles aux appels de
détresse lorsqu'il y en a.

Rester zen. Voilà. C'est mon travail. Je m'y attache depuis plusieurs années. Je deviens de plus en plus proche du rocher insensible grâce aux enseignements bouddiques. Insensible à la douleur
d'une partie de moi-même. La vie est un long fleuve tranquille.

chervalin 01/02/2012 08:44



Bonjour Bé@


Non, certainement pas, il est hors de question de se boucher les oreilles et de fermer les yeux.


La violence sur enfant (adolescents) est un délit.


je ne dis pas que les actions vers le Juge pour enfant de vos fils aient une éfficacité assurée pour faire cesser cette ambiance. Mais la démarche annoncée au père provoquera une certaine
retenue et limitera les actions de violence.


Si c'est vous qui faites la demande vers le JE ou le JAF, il m'apparaît prévalent de ne pas mettre en avant une demande d'inversion de la résidence, mais davantage mettre l'accent sur vos
inquiétudes d'une aggravation de cette violence.  


Le second point est plus délicat et rejoint ce que je vous ai dit plus avant. Il s'agit de l'origine des réactions violentes ou plutôt de la teneur du conflit entre vos ou un fils et son père. Le
passage adolescent est marqué par la recherche de cette confrontation et les réactions sont parfois inadaptées mais ne forment pas un réel traumatisme pour le jeune.


Ainsi, il peut arriver qu'un ado sur-dramatise un évènement pour chercher un répis, une pause dans un ailleurs plus apaisant.  Certes, mais c'est surtout pour revenir s'y confronter
quelques temps plus tard.   


Enfin et pour terminer, n'oubliez pas que vous n'avez connaissance que de la version finale et les conséquences de ce qui s'est passé dans ce conflit. Il vous manque la version de Monsieur, la
réalité de ce qui a provoqué le conflit, le fait que la prise en charge d'ados ne peut faire l'impasse d'un rapport de force, le fait que la quotidienneté de cette prise en charge vous positionne
sur un champ extérieur idéalisé, pour vos ados. 


J'aurais toutefois une question


Est-ce une résidence partagée? un DVH classique ?


bonne journée et à bientôt .



Bé@ 27/01/2012 09:11

Je ne sais pas si je peux, mais j'ose quand même vous demander un conseil. Je ne sais pas vers qui me tourner. Ni le CIDFF ni les travailleurs sociaux dont je dépends ne peuvent m'aider. Le Dept
solidarité de ma région m'envoie un courrier me priant de m'adresser à eux, visiblement pour rien, donc.

J'avais alerté la Juge pour enfants d'une violence du père de mes enfants -chez qui ils résident - (bien que j'aie demandé le divorce à cause de ses violences envers nos enfants). 3 mois plus tard,
un brigadier de police a demandé à nous entendre, suite à un courrier du procureur. Mon fils a confirmé que son père lui avait cogné la tête contre un mur (pas la 1ère fois, hélas).

Encore plusieurs mois plus tard, je reçois cette lettre, qui ne m'est d'aucune utilité. J'aimerais la remise en place de l'AEMO dont nous avions bénéficié pendant 2 ans mais non remise en place,
malgré mes arguments pour. Thomas avait pourtant déjà signalé une autre violence à l'aide éducateur, qui avait finalement cru le père qui avait minimisé l'acte (il avait dit qu'il avait juste "un
peu" poussé sa tête contre le mur !!). L'éducateur avait même traîté mon fils de fabulateur et s'était permis d'en rire, alors qu'on pouvait encore sentir la bosse... Du coup, mon fils a compris
que c'était son père le plus fort et que même les soi-disant aides extérieures ne servaient à rien qu'à l'enfoncer un peu plus. Car c'est ce même éducateur qui s'est prononcé en faveur de l'arrêt
de l'AEMO à son 2e terme. Des éducateurs comme ça, j'aimerais bien qu'ils prennent conscience de ce qui se passe vraiment car ils détruisent un peu plus les enfants qu'ils sont sensés aider
voire-si c'est possible- protéger.

Savez-vous auprès de qui je pourrais m'adresser ?

Merci d'avance.

chervalin 29/01/2012 13:13



Salut Bé@


Il y  a deux champs d'intervention judiciaire pour la tentative de résolution d'un conflit d'ordre privé.


Le Juge pour enfant et le Juge aux affaires familiales.


Ton enfant peut de nouveau demander une audience et une interventon dans le cadre de la protéction de l'enfance au Juge pour enfant.


Le JE apréciera et pourra éventuellement demander une IOE( Investigation d'orientation éducative. )C'est une intervention couplée d'un psychologue et d'un Educ ou d'une AS. et remettre en place
une AEMO.


Pourquoi pas. L'intervention d'un tiers est bien souvent suffisante pour permettre à l'enfant de s'adresser à une personne neutre et ainsi se dégager du conflit conjugal de ses parents.


Le JAF peut également intervenir. Là aussi c'est à l'enfant de faire une demande d'audience pour modifier l'organisation de l'exercice du droit de visite. Le JAF mandatera une personne habilitée
pour recueillir ses propos et c'est aux parents de demander la modification de cet exercice. Voilà pour la struture.


En fait le problème se situe au niveau du collage.


C'est à dire du discours congruant d'un enfant à ce que veut entendre son parent.


Un enfant est capable de s'adapter et de se comporter avec son autre parent de façon à mettre en oeuvre de la part de ce dernier une réaction conforme aux attentes de l'autre parent. Soit dans
cette situation, je vais provoquer une réaction violente de mon père pour d'une part, ne pas avoir à souffrir de cette séparation et d'autre part pour satisfaire ou alimenter le conflit conjugal
car ma mère va réagir.


Ce qu'arrivent très bien à réaliser les enfants c'est cela. Alimenter le conflit pour le maintenir. Il vient dire qu'il est responsable de la séparation. C'est l'effet visible du sentiment
de culpabilité.


Thomas ne fabule pas ou ne simule pas comme le dit cet éducateur.


Il faut valider le fait que Thomas ait réellement perçu la scène comme il le décrit. Mais dans le même temps il faut admettre qu'il y a aussi une autre façon de la percevoir. Il y a peut
être eu des gestes violents, des propos innaceptables  ou des attitudes humiliantes mais il faut prendre avec distance le discours sur la scène.


C'est cela qui est difficile car pour un parent (père ou mère), il y a une grande place occupée par l'affection et la révolte immédiate. Si nous avions été présents les uns ou les autres nous
n'aurions pas raconté la même chose .


Ces incidents vont se dérouler peu avant la passation de l'enfant. Parfois, pendant.


Au regard de l'âge de  Thomas, il peut être opportun de lui communiquer ses droits et de lui confier les coordonnées du Juge pour enfant qu'il pourra contacter si de nouveaux incidents se
produisent.


Voilà Bé@, j'ai volontairement pris le choix de prendre une distance pour votre situation. Je suis désolé si je n'ai pas apporté les réponses que vous attendiez.  



Bé@ 25/01/2012 17:46

Très joliment écrit. J'en ai la chair de poule. C'est une chose excellente de pouvoir se mettre à la place de ceux qui souffrent. Dommage que les juges n'aient pas souvent ce regard là...
Amitiés,

Béa

chervalin 26/01/2012 18:32



Les magistrats ont pour tâche sur le champ civil, d'arbitrer un différend et ils sont aimantés par le "quoi" et n'ont guère d'espace pour saisir le "pourquoi". Pourtant, bien souvent, ils
arrivent à deviner, par habitude et par recoupement avec d'autres affaires,  ce qui se trame derrière le conflit et à orienter justement leurs décisions. 


Il est plus aisé aux travailleurs sociaux, car c'est souvent  la mission qui leur est demandé, de s'inscrire dans la perspective d'une vie et de déceler ou faire émerger des souffrances.


Nous tentons de les apaiser ou d'orienter les possibles.


Reste, pour chaque personne , la souffrance et l'injustice d'une histoire personnelle déchirée et catastrophique.    


Comme je ne suis pas chargé de leurs suivis, il me reste à les partager pour qu'ailleurs, ces histoires ne se reproduisent pas.


Merci pour vos commentaires très précieux qui m'invitent à continuer.



Alba 25/01/2012 09:26

Récit bouleversant, merci