L' écume

Publié le par chervalin

Il y avair le bleu

Il y avait le blanc.

Il y avait les jeux, la mer, le soleil, l'argent et l' Algérie brillante de vie et de  jeunesse.

Alger et ce qu'elle véhicule comme odeurs de safran, de coriandre, de poivrons grillés.

"Je résidais à 100  mètres de la mer, me dit-il, je courrais dans la chaleur des rues, de l'école à la maison et je partais me jeter dans les vagues et l'écume, heureux et libre. j'étais un enfant comblé par la vie."

Alger ce n'était pas la misère, c'était l'opulance dans ce quartier résidentiel où son père militaire haut gradé officiait depuis plus de  ans.

Et puis il y a eu les islamistes.

Les menaces et l'angoisse.

Alger n'était plus la joie de vivre qu'il avait connu jusqu'à ses 14 ans.

Il n'y avait qu'une issue.

L'Europe.

Il part dès le visa établi avec ses soeurs, chez une vague cousine dans une banlieue terne et si loin de la mer.

"Je n'ai pas versé de larmes précise -t-il, j'avais ma fierté et j'étais même curieux et vibrant de vivre une aventure. Pensez donc, j'allais en Europe et surtout en France. La France! C'est maintenant que je repense à ce moment. C'est tellement douloureux que je n'arrive pas à pleurer." 

Là bas à Alger, sa famille sera assassinée peu après leur arrivée.

 

Il découvre l'accueil si chaleureux et rassurant des Français de souche. Il apprécie leur tolérance et leur confiance en l'étranger qui leur adresse la parole. Il est ému par cette gentillesse communicative des jeunes de son âge. Il est séduit par le ton que prennent les forces de l'ordre quand ils s'adressent à lui. Il est ravi de l'avancée des démarches administratives lorsqu'il doit aider sa grande soeur à traduire le français après les longues attentes devant les guichets. Il est  enthousiaste quand il doit se laver à l'eau froide dans le noir parce que l'EDF a coupé le compteur.

 

Il fait connaissance avec l'hôpital vers 15 ans.

Pas pour lui mais pour sa soeur qui vient d'avoir un accident de circulation.

Chaque jour, après les cours et bien souvent pendant les cours, il se rend chez un ami de la famille qui l'emploie discrètement dans son commerce. Il gagne là bas parfois, 20 euros par jour.

Quand il a fini, il se précipite à l'hôpital. Il règle la télé pour sa soeur, lui achète des produits hallal, des trucs pour malades, parfois aussi des babioles pour lui.

 Lorsque sa soeur décède quelques semaines plus tard, il découvrira la solitude. Il fuira les sarcasme et autres quolibets des professeurs qui raillent ses absences et son manque de travail.

 

Fuir,  il ne peut pas.

Travailler ?

 A 15 ans ?

Son autre soeur travaille elle. Elle n'est jamais là et tout passe dans le loyer et les charges, le bus et  il ne sait pas quoi d'autre. Mais cela doit être cher car elle n'a jamais l''argent. 

Alors il découvre la vente.

Sauf que le produit qu'il véhicule et revend est rigoureusement interdit.

Il se débrouille pourtant super bien.

Dans la voiture volée qu'il utilise du haut de son petit mètre 55. Il dit qu'il a 18 berges. Les gens semblent le croire. il est le roi.

 

Et puis il y a eu cet accident.

Peut-être en avait-il pris un peu trop.

Il ne consommait presque pas d'habitude.

le plus triste c'est qu'il le connaissait le gars qu'il a renversé.

Un simplet, bien gentil. Un des rares qui lui adressait un sourire. Il travaillait dans l'épicerie. Il remuait des caisses de légumes. Mais il était heureux de son sort. 

Il est mort sur le coup.

 

 

Depuis il ne dort plus. Il a bien tenté de se pendre. Il s'est raté.

Il ne pleure toujours pas.

 

Alors il joue avec sa mémoire et revit sans la quitter la vie d' Alger et l'écume qui l'avalait.

" L'écume. C'est peut être comme cela les larmes. On m'a dit que c'était salé"

 

Publié dans adolescences

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Labaronne 14/01/2012 21:42

non non, tu as bien fait, tu nous montre que ces gamins ont finalement une âme, qu'ils sont des enfants mal ou pas dirigés du tout - il aurait suffit de si peu pour que leur trajectoire soit
différente - c'est bien d'en parler et je regrette qu'il n'y ait pas plus de coms sur ce blog

Labaronne 14/01/2012 21:21

poignant, je lui souhaite de verser enfin les larmes qu'il a au fond de lui - et moi qui suis la première à être scandalisée par ces jeunes qui dealent dans les banlieus (où je n'habite pas)je me
dois de reconnaitre que vu comme ça je peux comprendre qu'ils chutent puisqu'il faut vivre -

chervalin 14/01/2012 21:38



Merci Madame la Baronne.


Je ne voulais pas faire dans le pathos lorsque j'ai écrit ce texte.


Mais à la relecture , il faut bien dire qu'il y a un peu de ça.


Il faut toutefois continuer à être scandalisé par cette organisation financière souterraine.


Elle puise  le même fond que les marchands de football pro : le  rêve de gagner de l'argent vite, très vite sur le lit de la désespérance.