du miel au vinaigre

Publié le par chervalin

Elle est la devant moi, proposant gentiment un café.

Son petit chiarre ne dort pas, elle fait l'impasse sur la sieste , histoire de se sentir moins seule peut être.

Elle se raconte, le sourire aux lèvres, pour déminer les critiques quelle sait évidentes et justes car elle les a déjà entendues .

Entendues mais pas écoutées.

C'est cela son problème, elle n'est pas prête à écouter. Elle sait bien qu'elle n'a pas raison. C'est une jeune femme intelligente, sensible et sensée. Mais pour l'heur elle ne peut être raisonnable.

La raison ne se joue pas d'elle , c'est elle qui fait semblant de ne pas vouloir jouer avec elle.

Elle dit son désarroi, mais pas sa colère.

Les coups, les insultes, les menaces, les humiliations, les silences,  elle semble les avoir oublié.

Elle est dans le pourquoi.  Pourquoi n'avoir voulu rien entendre.

Ce qu'elle interroge c'est son histoire! Pas celle ci, celle  de son combat interne, ce deal perso qu'elle ne peut saisir.

Sa crainte ?

Que son enfant ne se saisisse de son problème. Pour cela elle elle prête à le défendre et donc à se comprendre.

La difficulté est de pouvoir séparer la parentalité de la conjugalité. Permettre à son enfant de maintenir des relations avec un papa conjoint violent.

Séparer. Traitre mot.

Se séparer , oui, elle distingue, mais séparer ce qui est de l'histoire commune conflictuelle de ce qui nous rassemble par la seule présence d'un enfant.

Ambivalence qu'elle traduit en passant du rire aux larmes, de l'humour décalé aux expressions angoissées, du miel au vinaigre.

Je l'écoute, prend notes, reformule, rassure, détend, souligne, explique et cherche.

Son petit garçon voyage d'une pièce à l'autre passant devant nous, tour à tour préoccupé par une peluche récalcitrante, un chaton dont le seul souci semble devoir se rendormir, un biberon mal serré et un pipi mal arrivé dans le pot.

C'est notre récréation. On ne lui en veut pas du coup, de nous importuner.

Cette jeune maman, est confrontée à une compilation de statuts à retisser celui de femme sociale et professionnelle, celui de mère célibataire, celui de femme d'intérieur, celui d' ex fille de sa maman et celui de femme épouse désirable.

On ne se rend parfois pas compte de tout ce boulot de cette formidable énergie, de cette volonté d'exister là où le mâle moyen égo-centré et immature limite sa pensée à la gloire et l'honneur d'être père.

Certes ceux ci dont je suis, ne sont pas tous semblables à cette caricature triste et pathétique, mais le père de cet enfant, dont le pot mal éduqué n'arrive pas à suivre correctement le jet du pipi, est de la marque Cochonenbourg.

Vous l'avez déjà rencontré.

Si, si!!

Rappelez vous, pas la phase terminale caricaturée par Cabu en beauf franchouillard,

Plutôt la phase deux où n'apparaissent encore pas les moustaches et la calvitie mais où est bien présente la connerie et la douce torpeur de la certitude.

Elle en est là cette jeune femme à se séparer, hésitante encore à changer son numéro de portable, a affirmer son indépendance.

Elle doute de ses choix, de ses goûts, de la saveur du miel quand celui ci est a reçu des gouttes de vinaigre.

Il lui faudrait du temps, et je suis là qui la presse à me communiquer ses souhaits pour l'exercice du droit de visite et d'hébergement.

Si seulement on voulait lui donner un espace libre de reconstruction, pas de quelques mois non, de quelques années afin qu'elle réapprenne le goût du miel.

Elle est sauvée par le gong.

Son petit garçon, fatigué d'avoir échappé à la sieste, se couche dans le panier du chien

On se redonne vite un nouvel entretien

Ce soir je dinerais d'un bol de lait et d'une tartine de miel.

 

Chervalin.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article