de l'autre coté des nuages

Publié le par chervalin

En ce jour de grève des enseignats, je vous confie ce petit texte que j'avais commis un soir de cannicule. 

 

De l’autre coté des nuages   

 

Tes larmes coulent sur la corne de tes doigts

De colère, de désespérance

Pour la nature, ta confiance aux combats

Tu voulais vaincre l’ignorance.

  

Tu disais, on verra plus jamais ça

Les gens doucement vont comprendre

Tu disais, les fumées, l’eau, l’habitat

L’écologie est une prise de conscience  

  

Tu disais, faut  pas rester comme ça

Regarder la terre se faire prendre

Elle ne voit pas que les hommes sont des rats

Qui propagent leur musc et l’étranglent

  

Tu disais, mais personne n’écoutera

Nous sommes prisonniers de l’enfance

Les élus, les marchands, les médias

L’environnement ne rempli pas leurs panses  

 

Tu disais cela à des enfants impatients

Tes paroles résonnaient dans la classe

Tu les écoutes gémir maintenant

Tes colères n’ont laissé aucunes traces      

 

 Et puis l’espace d’un été trop brûlant

De chaleur, de silences, de mirages

Tu as quitté la vie doucement

Dans la canicule, au bout de ton âge  

 

Va……

De l’autre coté des nuages             

Rejoindre ces lieux sans images 

Va……

Ces enfants blonds devenus grands             

Piétinent la mémoire du temps 

Va……

Fallait pas tant leur faire confiance            

Ya pas vraiment d’prise de conscience 

Va……

De l’autre coté des nuages             

Ou les mots s’envolent des pages 

            

 

                                                                        

J'avais écouté patiemment une amie institutrice me convaincre des bienfaits des sorties scolaires amenant avec elle sa classe de CM à nettoyer les rivières des détritus et papiers qu'abandonnent les riverains et autres promeneurs sur le site.

Belle et généreuse idée.

Et puis l'après midi même, à la sortie d'un collège, trois garçons et une fille sortaient des cours, tout lassés et indolents.

L'un d'eux, généreusement, offre des confiseries enrobées aux trois autres.

 

Après quelques "chouette" et "oh merci", dépapiérage et sussotage de ces immondes gâteries, les quatre ados, sans exception, ont jeté par terre les papiers collants de caramel ou de chocolat.

 

Ah le geste élégant du jeteur de papier, qui part du ventre et décrit une arabesque souple et aérienne sur le coté, laissant s'échapper le délicat détritus aux caprices du vent.

Tant de grâce et tant de désinvolture, tant de jeunesse, et tant d'insouciance, tant de détermination à se débarrasser du futile et du gênant.

Et puis il fallait également apprécier le geste groupal. Les quatre dans un mouvement quasi synchronisé digne de la gymnastique rythmique, qui forment à l'unisson le summum du lâcher de papiers que les classes de CM1 iront au printemps prochain récupérer, coincé sous une pierre, au bord de la rivière.

 

Car voilà, ce sont les mêmes qui, deux ans plus tôt, on passé par une belle après-midi de printemps un délicieux moment près de la rivière, fiers et heureux d'avoir collecté un beau sac poubelle.

 

"-C'est très bien, bravo, merveilleux, super" avait dit la maîtresse, ravie et consciente qu'elle construisait par la pratique, des valeurs écologiques et tenaces dans les habitudes de ces chères têtes plus ou moins blondes.

Elle y croyait.

 

Ceux là même qui désinvoltes et irrespectueux de dame nature et de gestes civiques simples s'indignent avec force contre les brusques changements climatiques, les tsunamis, les tempêtes, la montée des eaux et pleurent, un soir de juillet, car ils viennent d'apprendre le décès de leur grand-père, ancien instituteur, par une trop belle après midi de canicule.

 

Publié dans endémia

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labaronne 27/09/2011 22:27


ils sont jeunes, mais faut-il pardonner ?.........sensation de ramer à contre-courant sûrement