Bon.....jour

Publié le par chervalin

-C'est parce que je ne lui ai pas dis bonjour, mais je ne pouvais pas car je me lavais les dents..... C'est pour ça!!

Babette a 13 ans et va bientôt sortir de l'hôpital où elle était en observation. Non, elle ne retournera pas chez son père mais dans un service de l'ASE pour la protéger définitivement d'un véritable taré.

- Chez nous c'est comme ça. Une fille doit obéir à son père et ne pas lui manquer de respect. Je la surveille et l'éduque sérieusement. Cette traînée fait tout pour échapper aux services et ne pense qu'à sortir en bas, à courir. C'est encore pas de son âge et il ne faut pas laisser faire sinon on nous le reproche, j'ai pas raison ?

Je tente de lui expliquer que tout n'est qu'une question de dosage entre espace de liberté et participation à la vie de famille, qu'il faut poser des règles justes et composer avec l'âge des enfants.

- Des conneries tout ça, chez nous, la loi c'est le père et les enfants doivent obéir. C'est normal qu'on punisse quand ils font des conneries.

Visiblement, on ne parle pas la même langue.

Il est originaire du Cap Vert et estime n'avoir pas de leçons à recevoir de la justice française.

Babette a été rouée de coups de ceinture, plus d'une dizaines de marques sur le corps alors qu'elle était en pyjama. Plus une autre dizaine plus anciennes. Elle est ce qu'on appelle victime de maltraitances. Mais celles-ci débordent franchement vers les actes de tortures. 

Une ceinture faite exprès pour les sanctions qui arrivent trop quotidiennement à chaque regard de travers, à chaque retard, à chaque paroles trop vite dite, à chaque mauvaises notes, à chaque services mal fait, tout est prétexte à ce taré pour s'adonner à son exutoire. La ceinture n'a pas de boucle et ne sert pas du tout à tenir un pantalon.

Babette est une esclave. Depuis longtemps, depuis qu'elle est née. Elle est née servante et doit payer de sa présence sur terre pour servir son paternel.

La mère de Babette est décédée en couches. Elle ne connaît de sa mère que la période utérine. Elle est responsable et doit payer de sa vie cette catastrophe. Elle est désormais redevable et compenser au plus vite et même mieux l'absence. 

Babette n'est pas seule. Son grand frère laisse faire. Il est maté et n'ose se mettre en face. Il admire et plaint Babette d'oser se révolter mais il ne la comprend pas.

Les deux autres, les puînés d'un second lit,  dont elle a quasiment la charge en plus des tâches ménagères,(vaisselle et toutes les chambres du premier) du poulailler et de ses devoirs, les deux autres lui en font voir. Ces merdeux sont au diapason de sa belle-mère et caftent ou dénoncent toutes les erreurs de Babette, tout est bon pour entendre le père hurler et déverser sa haine violente sur cette jeune écervelée qui vient perturber une si belle vie de famille.

Pauvre taré.  

-Elle a pas voulu me dire bonjour quand je suis entré dans la salle de bain. Elle le fait exprès. Je lui ai dis deux fois. Elle veut me tenir tête mais dans nos villages c'est pas les filles qui font la loi. Alors j'ai pris une ceinture qui traînait là et je lui ai mis deux ou trois coups pour qu'elle me réponde.

Deux ou trois coups. Elle en a perdu connaissance Babette.

Longtemps.

Le père est parti travailler comme à son habitude. La belle-mère s'est inquiétée que Babette reste là, gisante dans la salle de bain et ne se réveille pas. Elle s'en fiche d'habitude de cette gamine qui ne lui adresse jamais la parole.

Mais là, elle ne sait pas comment faire car elle doit également partir travailler et c'est Babette qui doit accompagner les petits à l'école.

Alors, elle va chercher la voisine tout en ayant le sentiment qu'elle fait un truc qui ne plaira pas au père.

Et bien sûr, la voisine appelle les pompiers. 

Puis Hôpital, plainte, justice, enquête......

Parfois, j'ai le sentiment que nous ne sommes pas en 2013. Nous découvrons des situations où nous faisons un bond de 150 ans en arrière.

Où il existe des tarés recroquevillés sur leurs croyances, leurs cultures  ou leurs expériences. Où les femmes et les enfants ne sont autres que de bestiales  nichées à nourrir, à mater et à copuler.

Ce taré n'est pas en prison. Il répondra de violences sur mineur, mais il continue de pérorer et communique sa rancoeur de la justice française, trop tendre avec l'insolence des filles. Qu'il ne se plaigne pas trop, il continuera à inqulquer ses valeurs et les transmettra à ses trois autres enfants qui ne manqueront pas de répercuter ce shéma à leur tour à la génération suivante.

Babette va enfin découvrir une vie différente et moins stressante au sein d'une famille d'accueil. Elle va découvrir la tendresse, le regard bienveillant, les encouragements à vivre et à grandir.

Elle va découvrir la liberté.

Et le bonheur de dire vraiment  "bonjour". 

Publié dans traversées

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Barbara 11/05/2013 09:09

ça ne va réconforter personne mais le contexte familial que vous décrivez me rappelle celui de l'enfance du tueur en série Peter Kürten qui sévissait en Allemagne vers 1900... Il décrivait de même
un père incroyablement violent qui cognait à tour de bras, et en lisant son témoignage je me disais : "autre temps, autres moeurs"... Mais comme vous le dites, 150 ans après, les cellules
familiales soumises à un tyran taré sont encore bien présentes...

chervalin 11/05/2013 13:44



Il y a effectivement un danger. Celui de la reproduction au titre de victime ou au titre d'auteur. l'objet est de refaire vivre les scènes traumatiques pour les contrôler et leur donner une autre
issue. On sait que cela ne marche pas et provoque la répétition.


Cependant, de très nombreuses personnes victimes trouvent  des supports de résilience et arrivent bon an mal an à reconstruire un tissu relationnel confiant et une vie sociale épannouie.


 



Martine27 10/05/2013 09:50

Pauvre gamine ! Je ne pourrais jamais faire ce métier, j'aurais trop envie de foncer dans le tas et de baffer ces tarés !

chervalin 11/05/2013 13:56



Surtout pas, car c'est ce qu'ils attendent. Ceci dit, moi aussi, il m'arrive de vouloir les ..... et voir plus. Le cadre institutionnel et le respect de la déontologie forment un filtre qui
protège de l'émotion. 


Je pense par ailleurs, qu'il n'y a pas de métier où nous sommes épargnés de personnalités perverses ou égocentrées. Nombres de petits chefs, d'époux (se) ou de capitaines d'entreprises peuvent se
montrer odieux et tyranniser leurs employés ou leurs proches.


Dans mon domaine, on se trouve face à eux et non pas sous eux.


Là est la différence. C'est pourquoi, je pense, que ma place est plus enviable que celle de trop nombreux employés ou compagnes qui se retrouvent piégés par des obligations professionnelles ou
familiales.  



Labaronne 05/05/2013 22:45

bien sur que oui, si tu penses que mes mots peuvent servir à quelque chose ....bonne soirée

Labaronne 04/05/2013 22:54

et encore et toujours, et encore et toujours, chaque jour apporte sa charge d'horreur, mais pour une mise à jour combien d'autres cachées, pour toujours ....

chervalin 05/05/2013 10:11



Comme c'est bien dit


Puis-je me permettre de réutiliser cette phrase dans une chanson?



cafardages 04/05/2013 19:11

pauvre môme ! Comment tracer sa route après ça !!!