les bouquetins

Publié le par chervalin

Sur le site de RUE 89 j'ai trouvé cet article un brin écolo et peut être décalé de la réalité.

(il est trop difficile et coûteux d'aller vérifier et séparer les animaux sains de ceux atteints de brucellose.) Mais ce n'est pas grave. Les photos sont prises sur ma montagne. Celle que je côtoie tous les jours et je reconnais que cet hymne aux bouquetins est assez plaisante. Je suis souvent allé sur ces crêtes et je les ai côtoyé. Car ces animaux ne sont nullement farouches et il faut parfois les enjamber pour pouvoir passer sur le sentier escarpé. C'est un peu vrai qu'ils sont fascinants par le fait qu'ils semblent contempler placides et apaisés, le paysage immense qui s'offre à leur yeux. Hélas, au bout d'un certain temps, ils nous apparaissent aussi comme de grosses chèvres. Je leur préfère la fugacité et la vivacité des chamois, plus difficile d'accès et plus sauvages.

Je partage ce poème bucolique et généreux et souhaite vous l'offrir. Merci à Matthieu.

Tribune 11/11/2013 à 09h39

Le bouquetin, lui, a une vie impeccable. Pourquoi l’abattre ?

Matthieu Stelvio | Riverain

Bouquetin du Bargy (Matthieu Stelvio)

Malgré l’avis défavorable d’experts, l’Etat, atteint d’une regrettable psychose sanitaire, tue des bouquetins par dizaines. Ce massacre m’est insupportable, et je tiens à exprimer ce que ces animaux protégés représentent à mes yeux.

Making of

9 000 personnes ont signé une pétition contre l’abattage des bouquetins du Bargy en Haute-Savoie, abattage qui n’est pas justifié selon leurs défenseurs.

Les bouquetins sont protégés et interdits de chasse. Suite à la découverte de cas de brucellose, l’Etat a ordonné l’abattage des individus de cinq ans et plus dans ce massif. Aucune distinction n’est faite entre les bouquetins malades et les sains.

D’après les scientifiques, cités par les défenseurs de l’espèce, le risque de contamination des bouquetins aux autres espèces serait très faible. Depuis octobre, plus de 220 bouquetins ont déjà été tués. Rue89

Il y a quelques années, en voyage, séparé d’eux, j’écrivais :

« Mélancolique sur mon lit albanais, je songe aux bouquetins de Belledonne. Je voudrais tant les revoir.

Ce sont eux qui ont raison. Dès que j’en approche, ne sachant trop pourquoi, je ne peux plus les quitter des yeux ; je suis comme envoûté par leur splendeur métaphysique.

Quelle vie impeccable : ne passant pas leur temps à courir après des désirs furtifs, rien ne leur manque. Ils se posent simplement sur les crêtes.

Calmes et immobiles, ils regardent le paysage, et n’interrompent leur contemplation que pour brouter ; puis, une fois l’herbe en bouche, tout en la mâchant mollement, ils reprennent leur posture de statue fixant l’horizon, et se replongent dans le cours de leur méditation.

Ils mangent peu, dépensent peu, ne se remplissent le ventre que pour admirer la beauté du monde : le sublime leur suffit. »

« Ils ont le regard vide, ces bestiaux ! »

Au cours de l’évolution, s’assurant ainsi, avec plus ou moins d’efficacité, sa perpétuation, chaque espèce a développé sa méthode pour lutter contre la prédation. Millénaire après millénaire, la tortue a perfectionné sa carapace, le lapin son terrier, le loup sa mâchoire, le caméléon son camouflage, l’homme son intelligence pragmatique, ses outils, ses armes.

Le bouquetin, lui, sans se fatiguer, s’est contenté de grimper au-dessus du reste de la faune. Loin de tous les prédateurs, il a appris à monter sur les rochers, puis s’est installé sur les cimes.

Par-delà le domaine de la loi du plus fort, il n’a pas eu à développer le réflexe de fuite, de sorte qu’il ne sait qu’être doux et paisible. Rien ne le menace, rien ne l’énerve.

Une fois, face à des bouquetins, quelqu’un m’a froissé en me disant :

« Ce qu’ils ont le regard vide, ces bestiaux ! »

Quelle inattention ! Oui, dans leur regard, il n’y a pas toutes ces futilités qui nous hantent, nous autres êtres humains ; cependant, je n’appelle pas cela avoir le regard vide, mais, au contraire, avoir le regard plein de sagesse.

Plus tard, je veux être bouquetin.

Voilà, ce qu’à mes yeux les bouquetins représentent. Voilà, ce qu’à mes yeux l’Etat détruit. Voilà pourquoi j’ai signé cette pétition.

Bouquetin dans le Bargy (Matthieu Stelvio)

Publié dans endémia

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